Dimanche 24 décembre 2006
"Black Book" n'est pas un de ces livres noirs comme on
nous en accabla ces dernières années, avec des bas (celui des amis de Stéphane Courtois) et des plus hauts. Mais c'est peut-être l'occasion de contribuer modestement à celui du cinéma, et plus particulièrement d'une sorte de relativisme, de nivellement de tout ce qui est à laquelle se livre l'industrie de l'entertainment.En matière de nazisme, le summum de l'horreur fut sans aucun doute das untergang (la chute), film qui fit évènement en Allemagne, trois fois hélas. Hélas car c'était là un film profondément révisionniste, un film qui affirmait que Hitler avait été une sorte de joueur de flûte de Hamelin, entraînant l'Allemagne toute entière comme s'il l'avait hypnotisée. Ainsi on pouvait voir en conclusion de cette entreprise sidérante la dame (nazie) qui fut secrétaire personnelle de Hitler dans les années d'extermination systématique des juifs affirmer sans contredit avec impudence qu'elle ne savait rien... Paul Verhoeven, lui, ne fait pas dans le négationnisme, mais se complait dans une ambiguïté un peu pesante.
Qu'on se comprenne : aucun problème pour dire qu'il y a des salauds partout, dans la résistance comme ailleurs. Ca va sans dire. Dénoncer les exactions commises au nom de la libération, pourquoi pas. Ce qui a été, a été. D'ailleurs, profitons-en, pour balayer devant notre porte, pour signaler qu'une historienne en France s'attache à dévoiler l'attitude des grands groupes industriels et bancaires en France sous l'occupation, et que ses livres doivent être plus connus.
Plus étonnante (et à vrai dire peu crédible) est cette reconstitution d'une résistance qui semble ignorer les principes élémentaires de sécurité (cloisonnement, secret) et dont on se demande comment elle aurait pu avec un tel fonctionnement tenir quatre années d'occupation.
Mais comment croire vraiment à ce portrait d'officier SS, chef de la Gestapo pour toute la Hollande de surcroît, sorte de veuf sympathique, qui couche en toute connaissance de cause avec une juive qu'il identifie immédiatement comme telle (comment?), se fie à elle pour dénoncer quelques jours après son arrivée l'un de ses principaux collaborateurs?
Verhoeven affirme qu'il a mélangé trois personnes existantes pour créer le personnage interprété (avec conviction) par Clarisse Van Houten. Combien de petits morceaux de SS aura-t-il dû mélanger pour présenter le chef des assassins installés en Hollande comme un type sympathique, et même, tenez vous bien, ayant horreur du sang? Faut-il rappeler que les SS ne sont pas des soldats ou officiers militaires, des types qui ont revêtu l'uniforme comme toute leur génération, que cela leur plaise ou non? Qui peut croire qu'on puisse être chef de la Gestapo en pays occupé des années durant et être tellement fleur bleue et irréfléchi?
Alors il y a aussi un film, avec ses images bien léchées, très hollywoodiennes malgré le retour aux sources européennes pour Verhoeven, avec son scénario respectant les doses prescrites d'action, de tragédie, de sexe, de belles plastiques, d'angoisse, de mort, bref une efficacité qui ne surprendra personne dans aucun sens du terme. Mais il ne reste au bout que cette gêne profonde : est-on en train, film après film, sinon livre après livre, de réhabiliter insidieusement les SS par une des armes les plus efficaces dont dispose notre société médiatique, à savoir la banalisation?
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Par J.G.
Vendredi 10 novembre 2006
On le sait, c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Cet adage aura peut-être inspiré Brian de Palma pour l'adaptation du livre de James Ellroy.
En tout cas, c'est avec une infinie minutie qu'il s'est employé à reconstituer l'atmosphère de Los Angeles des années 40 et celle des meilleurs films noirs. Les acteurs principaux s'y emploient aussi avec efficacité, même si une impression de déjà vu peut nous étreindre à voir se croiser ainsi Scarlett Johansson, Hilary Swank (du million dollar baby) ou Aaron Eckhart.
Qu'on se rassure cependant : la patte du maître est là, une caméra souple et aérienne, en mouvement, des lumières, des ombres , des visages magnifiques.
Mais qu'on se le dise aussi : il y a quelques longueurs, dans ce film qui ne brille ni par sa brièveté, précisément, ni non plus par la clarté du propos, de l'intrigue, qui se précipite brutalement dans les dernières minutes au risque de nous lâcher en route.
Mais le scénario épingle néanmoins avec finesse et férocité aussi bien la grande bourgeoisie arrivée, symbolisée par une famille de pervers et d'escrocs satisfaits d'eux-mêmes, qu'Hollywood, et ses pièges de gloire cinématographique mortels pour les jeunes beautés américaines égarées.
Mais c'est précisément l'une de ces beautés qui apporte au film des moments d'étrangeté lumineux et émouvants, des petits bouts de rushes visionnés sans fin, plein d'une grâce et d'une légèreté qui doivent beaucoup au talent de Mya Kirshner, et qui, paradoxalement, puisqu'ils sont en noir et blanc, rehaussent le film, l'illuminent, et lui donnent ainsi une dimension supérieure au simple exercice de style qu'autrement, même brillant, il n'eût qu'été.
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Par J.G.
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