Mercredi 20 février 2008
Lisant  de quoi Sarkozy est-il le nom? d'Alain Badiou sur lequel  on reviendra ici si le temps nous en est laissé, un passage (le quatrième des huits points) nous saute aux yeux suffisamment  pour qu'on le fasse partager aux vôtres sans attendre.
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"L'amour, procédure de vérité portant sur le Deux comme tel, sur la différence en tant que différence, est menacé de toutes parts. Il est menacé sur sa gauche, si je puis dire, par le libertinage, qui le réduit aux variations sur le thème du sexe, et sur sa droite, par la conception libérale, qui le subordonne au contrat.

C'est sur l'amour que se concentrent les offensives ruineuses et conjointes des libertaires et des libéraux.

Les premiers soutiennent les droits de l'individu démocratique à la jouissance sous toutes ses formes, sans voir que, dans un monde réglé par la dictature marchande, ils servent de fourriers à la pornographie, qui est l'un des plus importants marchés planétaires.

Les seconds voient l'amour comme un contrat entre deux individu libres et égaux, ce qui revient à se demander si les avantage qu'en tire l'un balancent équitablement les avantages qu'en tire l'autre.

Dans tous les cas, on reste interne à la doctrine selon laquelle tout ce qui existe relève de l'arbitrage entre des intérêts individuels. La seule différence entre les libertaires et les libéraux, qui valident comme norme unique la satisfaction des individus, est le recours des premiers au désir, contre le recours des seconds à la demande.


On soutiendra, contre cette vision des choses, que l'amour commence au-delà du désir et de la demande, que cependant il enveloppe. Il est examen du monde du point du Deux, en sorte que l'individu n'est aucunement son territoire.
S'il y a un sujet de l'amour, c'est précisément parce qu'il est une construction disciplinée qui ne se laisse ramener ni à la satisfaction du désir, ni au contrat égalitaire entre individus responsables. l'amour est violent, irresponsable et créateur. Sa durée est irréductible à elle des satisfactions privées. Il crée une pensé neuve, dont le contenu unifié porte sur la disjonction et ses conséquences.

Tenir le point de l'amour est grandement éducatif sur la mutilation qu'impose à l'existence humaine la prétendue souveraineté de l'individu. L'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance. A soi seul, cet enseignement mérite de considérer l'amour comme une noble et difficile cause des temps contemporains."

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Mercredi 3 octobre 2007
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Le groupe de Rock Radiohead, l'un des plus inventifs et intelligents qui ait émergé ces dernières années, vient d'envoyer une onde de choc en mettant - à compter du 10 octobre - son nouvel album en téléchargement, à la disposition de tous les internautes, et ce pour le prix de leur choix, y compris ... gratuitement.

Evidemment, cette décision spectaculaire pose une question de taille concernant l'avenir de la musique, de la création, de sa distribution.

Radiohead, bien sûr, pouvait se le permettre: riches à millions (grâce à leur talent sans aucun doute), il peuvent se permettre ce luxe, une fois leur album enregistré et promu à leurs frais, en se disant que chaque penny qui rentrera sera en quelque sorte un bonus - et puis, je doute fort que leurs concerts futurs soient gratuits.

Mais l'on mesure avec cette opération à quel carrefour en est arrivé ce qu'il faut bien appeler "l'industrie musicale" - quoique dans cette caractérisation même gise le lièvre, on le verra.

D'un côté, les maisons de disques, lesquelles affirment que sans elle, la musique vivante mourrait, puisque, expliquent-ils, ce sont leurs profits qui permettraient de "prendre des risques" en lançant des musiciens "inconnus".

Mais l'étalage d'affiches sur les murs de Paris ces derniers mois indique dans quel rapport le vivant et le mort coexistent chez les majors : Police, les Who, Genesis, et on en oublie, remplissent les stades. La manie de la reformation sans création neuve est symptomatique d'une situation où le passé empêche le futur d'éclore, l'écrase à coup de tournées géantes et de promotions disporportionnée.

La mise en avant des dinosaures est complétée par l'utilisation tout à fait abusive d'un fonds, d'un "catalogue" comme ils disent, qui voit les maisons de disques empocher les royalties tandis que les compositeurs, les créateurs, et même les interprètes, sont déjà dans la tombe. En d'autres termes, l'exploitation d'un patrmoine musical qui devrait être le bien commun.

De l'autre, une véritable "désintermédiation" sur le net (par exemple : myspace), mais qui est aussi une fragmentation du monde de la musique jusque dans l'inifiniment petit. Et qui est doublée du phnomène du téléchargement en masse, lequel n'empêche certes pas les ventes de disque (on télécharge aussi et peut-être surtout ce qu'on aurait pas les moyens d'acheter). Mais qui les ronge, les amoindrit, et qui est totalement irréversible.
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Le signal émis par Radiohead est celui d'un tournant.
Il peut augurer d'un mode de création et de diffusion se passant des maisons de disques, renvoyées au musée avec le grammophone, d'autant qu'avec les progrès techniques, tout un chacun est à même d'enregistrer son disque pour ainsi dire dans sa cuisine, et de le diffuser sous tous les supports de son choix, à commencer par internet.

Oui mais...

Comme dans le même temps, le passé muscial d l'humanité reste privatisé, enchaîné par les liens du copyright, comme dans le même temps seuls les groupes déjà connus peuvent se permettre de donner leur musique, dns les conditions sociales actuelles, le risque est grand que l'émiettement musical, le cyber-éparpillement interdise finalement à qui que ce soit de vivre de sa musique, de vivre comme musicien. 

Certes il y a et il y aura toujours ce qui fait la base de la musique : les concerts. Mais là encore, les conditions sociales actuelles font que, au lieu de libérer la musique populaires des chaînes (ajoutons les chaînes de télévision), il s'ensuive un affaissement généralisé de la création (qui est un travil à temps plus que plein). 

A moins que...

A moins que se substitue à l'ossification de la musique par les multinationales un autre système permettant à la fois la diffusion et la promotion de la création. Que le "catalogue" (à commencer par celui de la musique classique) soit libéré de sa prison privée et mis à la disposition de tous. Que les musiciens s'organisent entre eux pour faire éclore de nouveaux talents autrement qu'en subissant ceux choisis par "la nouvelle star" et cie.

Bref, que de nouveaux collectifs, d'artistes mais aussi de toute la population, ce qui suppose le recoursà l'Etat, un Etat certes totalement différent de celui que nous subissons aujourd'hui, s'imposent et fassent connaître largement ce qui est menacé par l'éparpillement dans lequel ne surnageraient, comme dans le système actuel, que les "stars". Là encore les technologies decommunication de masse pourraient jouer un rôle d'accélérateur de la création de tels collectifs, assez forts pour se faire entendre dans ce qui ressemblerait sinon à une véritable cyber-cacophonie.

La voie est étroite, mais hors de celle-ci quelle alternative y-a-t'il entre ossification et émiettement?

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Vendredi 27 juillet 2007
zoulou.jpgAuteur de la littérature sans estomac, Pierre Jourde signe ce petit pamphlet dont on doit dire qu’il soulève l’estomac. Pour son entrée chez Gallimard (est-ce un symbole de ces temps de ministère de l’identité nationale ?), il produit un livre franchement raciste, dont on ne peut que s’interroger que cette maison d’édition ait décidé de le publier. Lorsque nous avions chroniqué sur ce blog le missile anti-houellebecq d’un des compères de Jourde, Eric Naulleau, nous en avions modéré notre appréciation en soulignant les traits aristocratiques, snobs, qu’il dévoilait. Dans les Carnets d’un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, ces traits sont dominants, et, pour tout dire, répugnants.

 
Singeant les lettres persanes de Montesquieu, Jourde dépeint la France sous les traits d’une Nubie confrontée à une vague d’immigrés belges endoctrinés par un catholicisme intégriste qu’elle n’arrive pas à gérer, à intégrer, et même pas à penser. Mais là où Montesquieu faisait preuve d’humour et de finesse, et s’en prenait à la cour, donc aux puissants, Jourde rejette très vite son déguisement élimé et attribue à ces geubs, ses beurs, donc, des traits qu’on ne saurait attribuer à des belges, même imaginaires, pour conclure que c’est leur culture, la culture maghrébine, pour mettre les points sur les i, qui expliquerait les émeutes en banlieue, traits conjugués au laxisme consubstantiel à cette Nubie.

Ainsi prétend-il souligner dans son livre, a contrario, l’excellente intégration des immigrés d’origine asiatique, ou attribue-t-il au culte de l’enfant-roi (comme c’était là un trait caractéristique du maghreb, cf. aussi notre critique du feu sous la peau!) l’absence de respect de l’autorité et tout ce qui en découle.

 

Nos lecteurs nous excuserons de ne point produire d’amples citations de ce livre : notre clavier en tremblerait trop. S’ils veulent l’entendre, il leur suffit de se rendre dans n’importe quel café du commerce suffisamment blanc, disons, à Henin-Beaumont : les poncifs réactionnaires s’enfilent jusqu’à la nausée. Là où avec Roth nous affirmerons que la littérature est la grande particularisatrice, Jourde s’embourbe à chaque page dans des généralités mortes. On peut sûrement être réactionnaire et intelligent, voire réactionnaire et avoir une plume remarquable. Jourde ne fait pas partie de cette « race »-là.

 

Il prétend parer à toute critique en affirmant d'emblée qu’en « Nubie », « réactionnaire est un terme très courant et très pratique. Il permet de régler tous les problèmes, il tient même lieu de pensée ». Mais pour parler de penser, encore faut-il la pratiquer. Or, s’il n’y a pas de matière à discuter littérature, vu qu’elle est chassée de cette brochure d’extrême-droite par la haine qu’on y sent couler à chaque ligne, il y a de quoi parler du fond. Et il est assez simple de démontrer l’inanité de la « démonstration » du sieur Jourde en la matière.

Par exemple, il prétend expliquer les émeutes de 2005, nous l’avons dit, par une conjugaison entre la culture des beurs (nous nous permettons de ne pas laisser le masque presque transparent dont ils les affuble) et le laxisme général régnant en France. Ainsi célèbre-t-il les vertus de la police…brésilienne, qui, contrairement à son homologue française, ne se laisserait pas marcher sur les pieds.

Fort logiquement, il affirme que les émeutes urbaines, tout comme l’existence de « territoires invisibles », sont une « l’une des particularités les plus remarquables de la Nubie », de la France. Il faut être d’une ignorance crasse quant à l’histoire récente des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, quoiqu’on ne puisse pour autant calquer les situations les unes sur les autres. Pour mémoire, il y a quinze ans, suite au tabassage de Rodney King, des émeutes autrement plus violentes que celles qu’a connues la France secouaient tous les USA. A cause de la culture maghrébine ? Du laxisme du président Bush ?

L’ignorance, la bêtise, sont les compagnons de route de toujours du racisme. Jourde s’est à l’évidence lié d’amitiés avec elles. Autrement, il serait contraint, d’une part, de revenir à une vision plus mesurée des « émeutes » de novembre 2005 auxquelles n’ont participé qu’une infime minorité de jeunes de cité, d’origines ethniques différentes.  Il serait obligé de renoncer à cette lecture « ethnique » stupide de ce qui se passe en France, pour en revenir à une appréciation sociale. Il serait obligé de se poser la question du pourquoi de la dissolution des formes traditionnelles d’autorité – promis, on y reviendra encore et encore ici en chroniquant prochainement le livre de référence de Mendel. 

 

Mais il est vrai que l’air du temps est aux quotas d’immigrés, à la discrimination positive, à la responsabilisation individuelle, autrement dit la déresponsabilisation sociale, l’heure est aux louanges de « l’autorité » sans contenu, bref, l’heure est au sarkozysme triomphant. Voilà sans doute ce qui permet à Jourde d’entrer chez Gallimard avec ce texte dégoûtant, véritable article de propagande extrême de la politique de notre nouveau Nabotléon. Il n’y a pas de quoi être fier : le contempteur de la  littérature sans estomac a décidé de barboter avec délices dans les reflux gastriques et les contre-allées du pouvoir en place.
Naulleau terminait son ouvrage sur Houellebecq en affirmant à raison que la littérature devait savoir dire « non ». Voilà une occasion. 

 


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Jeudi 19 juillet 2007
camba.jpgSi « le style, c’est l’homme », alors les chroniques de J-C.Cambadélis sur la période qui mène à l’élection présidentielle révèlent les traits d’un homme d’appareil, tendance joyeux drille, à la fois fin et superficiel.

Homme d’appareil, dans la mesure où le fond politique ne sert que de toile de fond, plutôt délavée, à la description d’un long conflit au sein de l’appareil du PS qui va de 2002 à 2007, et dont le responsable principal, cible essentielle de ce livre, est le premier secrétaire François Hollande, assaisonné à l'occasion d'un Julien Dray dépeint comme un "le meilleur impresario de la place de Paris", lui qui lança tant de figures connues... dont Fadela Amara, aujourd'hui membre du gouvernement Sarkozy, avec la bénediction de ses anciens "potes", tel Malek Boutih.

Le «socialisme moderne», social-démocrate dont se réclame Cambadélis, au compte de Strauss-Kahn, est certes souvent invoqué. Il n’est quasiment jamais incarné, sinon au détour du compte-rendu d’un des débats des présidentiables socialistes qui voit DSK s’insurger contre la proposition de Laurent Fabius d’augmenter immédiatement le Smic…

 

Inutile de s’étendre : en postulant à la direction du FMI sur proposition de Sarkozy, Strauss-Kahn a montré ce qu’il en est du « socialisme du réel ». C’est la poursuite de la même politique qui a provoqué la victoire de Sarkozy.

 
 

 
Superficiel, disons-nous. Ces « chroniques » qui ne dépareilleraient pas les colonnes de Libération, privilégient toujours la forme sur le fond, le bon mot facile sur la précision.
On peut prendre un exemple qui parlera aux amateurs de cinéma : « Camba » affirme en passant que gangs of New York, la fresque historique de Scorcese, serait une référence culturelle pour les jeunes des cités. Pour affirmer une telle chose, il ne faut avoir vu ni l’un, ni les autres, ou de loin.

 

Mais c’est évidemment sur le terrain politique que cette inconstance et cette superficialité s’expriment le plus clairement. Cambadélis nous apprend en effet qu’au soir des régionales de 2004, véritable bérézina pour l’UMP, il s’était aventuré à proposer que le PS demande la démission de Raffarin et, «un peu provocateur » (sic !) la dissolution de l’Assemblée nationale. Refus net, dit Cambadélis, de la part de Fabius. Et donc ? Donc … rien : passons à la suite.
A notre connaissance, seul Montebourg réclamera la dissolution de cette assemblée illégitime, tandis que Hollande expliquera sur les ondes médiatiques dès le lendemain des élections qu’il ne demande pas le départ du gouvernement d’alors, celui de Raffarin. Et Cambadélis ? Il est passé à autre chose. Peu lui chaud que le gouvernement demeure ou qu’il tombe.
Il a dès lors beau jeu de saluer dans son livre en Lionel Jospin l’homme qui « démontre que c’est le combat qui détermine l’issue du combat et pas l’adaptation aux présupposés de celui-ci», on est en plein  "faites ce que je dis, pas ce que je fais"…

 

 

Pour autant, cet essai soulève des questions qui recoupent en partie celles posées sur ce blog à plusieurs reprises. Nos lecteurs savent que nous nous sommes prononcés pour que Sarkozy soit battu, en choisissant « la gourde plutôt que le gourdin » après avoir plus que déploré tant la désignation de Royal que la façon dont elle fut désignée .
 

En reprenant le cheminement de 2002 à 2007, Cambadélis souligne quelques erreurs stratégiques commises par le PS et sa candidate, qui seront synthétisées par l’attitude d’entre-deux tours, où au lieu de centrer le combat contre Sarkozy, une semaine sera perdue à courir après une échalote nommée Bayrou, jusqu’à lui proposer, lui qui soutint l’essentiel de la politique des gouvernements UMP de 2002 à 2007, le poste de premier ministre. Il y ajoute la volonté du premier secrétaire que se tienne un référendum sur la "constitution européenne",  qui divisa le PS puis le fit battre, comme, dit-il, c'était prévisible, "démocratie punitive" oblige.

Le responsable premier, pour Cambadélis est donc François Hollande, lequel s’opposa en mai 2007 à l’orientation claire « battre Sarkozy » (qui fut pourtant le ressort essentiel du vote du premier tour pour Royal). Responsable, encore, Hollande, d’avoir multiplié les atermoiements sur toutes les questions depuis 2002, et adoptant la posture du « bouchon insubmersible dans l’océan. Mais ce ne sont pas les bouchons qui créent les vagues ». A en croire Cambadélis, Hollande a inventé la posture d’un arbitre se situant non pas au-dessus, mais en-dessous des courants et tendances du PS.

 


Mais alors que Cambadélis reprend lui-même les échéances politiques qui auraient dû, des régionales de 2004 au C.P.E. conduire à la défaite du candidat de l’UMP, alors qu’il souligne lui-même le « doute sur les compétences » qu’ont fait naître les déclarations contradictoires et imbéciles qu’a enchaînées Royal lors de ses sorties à l’étranger (comme le satisfectit donné la rapidité de la justice chinoise), il n’en épouse pas pour autant la thèse de « l’élection imperdable ». C’est qu’il veut à tout prix caser son « socialisme moderne », celui de son courant aujourd’hui décapité par les manoeuvres de Sarkozy.
Aussi écrit-il que « le logiciel de gauche (sic !) n’est pas majoritaire dans le pays » après avoir souligné que « rarement une campagne fut à ce point évanescente, sans ligne de force » (ce que nous avions aussi relevé)... et de reprocher à Royal  d’avoir joué les attrape-tout au nom du « tout se tient ».
Mais alors, l’élection était-elle gagnable à condition de ne « pas faire le cadeau qui viennent de se passer» à Sarkozy, comme le dit Emmanuelli cité par un Cambadélis approbateur ? Donc sans « changer de logiciel » ? A cette question décisive, on aura donc deux réponses possibles à l’issue de la lecture… inconsistance, quand tu nous tiens !

 
 

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Jeudi 7 juin 2007
Même si cet ouvrage est paru à l’automne dernier, il n’a rien perdu de son actualité, et d’ailleurs, comment le pourrait-il ? Sous la direction du sociologue Stéphane Beaud, chercheurs et journalistes se penchent sur ce qu’il conviendrait d’appeler la véritable « majorité invisible », la France des travailleurs salariés, des précaires, des « sans-grade ».

 

Majorité, nous l'affirmons ici, mais, et c’est là l’un des défauts mineurs de ce travail, on n’y trouve que trop rarement des chiffres permettant de saisir l’ampleur des phénomènes qui y sont décrits.

Car le pari des auteurs a été de commencer, d’abord, avant toute généralisation, par présenter une mosaïque de situations tissant la trame de cette « France Invisible », sans que l’on ne puisse souvent dire au bout du compte combien de personnes sont concernées par les dites situations. Ce bémol mis, la première partie de cet ouvrage n’en et pas moins très riche, même si il n’y a pas forcément pour les familiers des « invisibles » grande surprise à découvrir leurs traits.

 

Le visage de l’invisible

 

Se succèdent donc plusieurs chapitres tirant le portrait de cette France qui ne fait pas la « une » des journaux, des medias, ou du discours ordinaire des politiques.

Ainsi les travailleurs « démotivés »,  « pressurés », qui subissent, comme le souligne Danielle Linhart « l’injonction contradictoire d’engager toute sa personnalité dans son rapport au client et de brider toute sa spontanéité dans son rapport à l’encadrement ». Pas étonnant qu’ils se ruent  excédentairement sur les offres de départ volontaires des entreprises, indicateur de la « baisse tendancielle du taux de motivation ».

 

Voici des visages issus de l’immigration, « discriminés », et peu rassurés d’avoir vu nommé par Chirac à la tête de l’autorité de lutte contre les discriminations Louis Schweitzer, un ancien PDG de Renault, entreprise particulièrement marquée par des « pratiques empruntes de culture coloniale ». Sans oublier les migrants saisonniers, « travailleurs de l’ombre » qui subissent des conditions de travail se rapprochant de l’esclavage.

Ce sont aussi eux qui sont les premières victimes des plans de « rénovation urbaine », qui se rapprochent d’un « écrémage des habitants ». Un exemple suffit à montrer les dégâts : à Mantes-la-jolie, les constructions prévues représentent 10% du nombre de logements détruits, les 90% restants étant certes annoncés, comme le dit la loi, mais comme perdus dans les limbes des administrations départementales et régionales.

 

Les « jeunes au travail », eux, sont particulièrement précarisés : il y a vingt ans, 80% étaient en CDI un an après leur entrée dans la vie active, contre moins de 50% aujourd’hui. En matière de précarité, la France Invisible rappelle que c’est le secteur public qui détient presque la palme, et contribue avec ses contractuels comme le privé avec ses intérimaires à ce qu’aujourd’hui, un million et demi de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté. Ce même secteur public organise sa propre disparition. « Privatisés » les agents ou les fonctionnaires qui voient leurs services fermer, leurs fonctions être externalisées.

 

Nombreux sont ces visages qui « nagent, nagent, nagent dans le grand océan mais ne voient jamais la terre » comme témoigne un travailleur indépendant dans le textile. A ceux-là on peut ajouter ces « vieux pauvres » mis sous tutelle, humiliés : « être mise en tutelle comme un enfant en bas âge, c’est comme être inapte du cerveau, un déchet humain, voilà ce que je ressens. On me met comme une pelure à la poubelle. Je me sens oppressée, ça me fait mal jusque dans le bras. »

 

Le contraste devient particulièrement violent quand il s’agit de la télévision : à l’ombre des grands projecteurs médiatiques s’active une armée de jeunes « stagiarisés » qui rédigent chroniques et sketches pour les stars du petit écran, top occupés pour faire autre chose que de la représentation, et qui entretiennent un rapport ambivalent ave ces irremplaçables invisibles « Quand l’idée du stagiaire est géniale, c’est d’eux. Et quand ils n’assument pas leurs idées de merde, ils regardent le stagiaire en fronçant les sourcils.  Ils parlent de leurs vacances, aussi, à l’autre bout du monde, pendant que toi, tu te demandes comment tu vas faire pour payer ton loyer. »

 

L’invisibilité n’est pas un malencontreux hasard. Prenez les « sans emploi » : « alors qu’un chômeur sur dix était hors statistique officielle il y a vingt ans, ils sont 43% aujourd’hui .» Ils ont été « basculés des catégories « visibles » aux catégories « invisibles » » . Les précaires ? Ils échappent à tout suivi social ce qui est particulièrement sensible dans un secteur comme le nucléaire où interviennent pas moins de 1 200 entreprises sous-traitantes : « le recensement des maladies professionnelles et des accidents du travail associés au travail sous-traité n’est pas assuré. La question des suicides n’est pas documentée. L’invisibilité sociale est socialement construite et entretenue » explique Annie Thébaud-Mony.

 

L’exemple de l’amiante aussi est frappant de cette invisibilité :  « l’amiante est devenue un problème public  quand les universitaires ont eu peur pour eux et pour leurs enfants. Tant que ce n’étaient que des ouvriers, on n’en a pas beaucoup parlé» souligne le professeur Marcel Goldberg.

 

On nous permettra ici de rappeler d’autres chiffres venus du B.I.T. – outre que, sur la population française en activité, le quart sont ouvriers, autant que les employés et agents qui forment ensemble la « majorité invisible » du pays.

D'ici 20 ans, en France, 100 000 personnes mourront à cause de l'amiante. Dans le monde : 100 000 par an. Sur la planète, 2 millions de personnes meurent chaque année d'accidents du travail. Autrement plus qu’au Darfour. En France, pour 2003, près de 50 000 personnes ont subi un accident du travail qui les a handicapées. Près de 700 en sont mortes. Aucune campagne nationale, au contraire l’inspection du travail est asphyxiée, quand ses agents ne sont pas tout simplement assassinés. Nous l’avions déjà noté sur ce blog : l’indignation collective cesse quand commence la discrimination, sociale notamment. Les seules morts (ou handicaps) mises en exergue sont celles qui frappent aussi indistinctement les membres des classes privilégiées, la petite minorité.  Dans les médias, les « invisibles » sont presque des « intouchables ».

 

L’invisibilité organisée

 

Dans sa seconde partie, la France Invisible essaie de mettre à jour les mécanismes d’oblitération de cette majorité invisible, qui sont sophistiqués. Le même phénomène se produit partout, d’abord dans les sciences sociales qui ont abandonné la notion de « classe sociale » qui a ainsi disparu des maquettes de l’enseignement de sociologie, des statistiques officielles, et qui est loin des préoccupations de la majorité des étudiants. Avec cette catégorie disparaissent les travaux tendant à  « l’analyse attentive des conditions sociales d’existence des individus et des groupes sociaux » ( signalons à nos lecteurs qu’en la matière ceux de Stéphane Beaud valent toujours le détour).

 

La nature ayant horreur du vide, d’autres représentations s’y substituent. Jusqu’à la caricature des « bobos ». D’où vient en effet cette expression ? D’un livre paru en 2000, « bobos in paradise », de David Brooks qui le qualifie lui-même de « sociologie comique ». Les medias s’en emparent immédiatement et assurent le succès que l’on sait à cette « catégorie créée par un journaliste pour les journalistes ». Mais voilà : cette « catégorie » recouvre des populations très différentes, comme un masque le jour de carnaval. Et elle évacue ce faisant une des disparités fondamentales qui sépare ceux qu’on agglutine ainsi : celle de leurs revenus. Ce qui n’a rien d’innocent :

« Mettre en parallèle le destin médiatique des « bobos » et des « travailleurs pauvres » illustre une dernière tendance dont la presse n’est qu’un révélateur : une catégorie qui évacue la question des revenus pour préférer les comportements connaît le succès pendant qu’une autre, qui s’applique précisément à poser les problèmes en termes de salaires émerge difficilement (…) à une époque où le partage de la richesse nationale se fait de plus en plus au profit du capital, au détriment du travail. »

 

Mais la sociologie ou ce qui ici en tient lieu ne fait qu’accompagner un mouvement de balancier qui ramène en arrière, plus précisément s’agissant de la France de la « dénégation du social » organisée sous couvert d’exaltation des « valeurs républicaines », comme le souligne un article de Didier Lapeyronnie. Citons-le longuement, car c’est une source rélexion plus qu’utile:

 

« Une « économie morale » est réapparue avec force, fondée sur la vieille association de la peur des classes moyennes face aux classes dangereuses, et de la distinction entre « bons » et « mauvais » pauvres ou les « bons » et les « mauvais » immigrés, entre « ceux qui essayent de s’en sortir » et « ceux qui s’y refusent » ou entre « ceux qui veulent s’intégrer » et « ceux qui préfèrent le communautarisme ou l’affirmation identitaire et font le choix de la violence.

La responsabilité individuelle est au cœur de cette philosophie sociale des classes moyennes : la pauvreté y est comprise finalement comme un acte de volonté personnelle qui renvoie à une explication éthique et non sociologique. »

 

(…) En 1848, Marx avait déjà souligné l’aveuglement social des politiciens et des intellectuels français « tellement prisonniers de l’idéologie républicaine » qu’ils furent comme « hébétés par la fumée de la poudre dans laquelle s’évanouissait leur république imaginaire ». Les émeutes du juin 1848 révèlent pour la première fois de façon tragique le fossé séparant l’affirmation des principes politiques de la République et la question sociale, la « trahison » de la langue, « les paroles dorées qui ont créé tant de crimes » selon l’expression de Baudelaire. »

 

Ce qui aboutit à une conclusion qui ramasse bien les tendances actuellement à l’œuvre, dont le nouveau président Sarkozy est, on en conviendra, un héraut :

« Derrière le rejet des sciences sociales, c’est donc bien souvent la volonté, plus ou moins affirmée ou revendiquée, de ne pas accepter d’explication sociale et de ne pas voir la réalité sociale qui s’exprime très directement à travers l’association du moralisme et de l’ordre républicain ».

 

L’invisibilité délibérée, ou les classes dominantes à l’oeuvre

 

L’effacement accru de la France Invisible est donc d’abord l'expression d’une idéologie. Lapeyronnie rappelle que : « Roland Barthes définissait l’idéologie comme un discours de « naturalisation » : il consiste à rendre les choses évidentes en faisant oublier leur genèse sociale et historique, comme si elles avaient toujours été là. C’est un discours de l’oubli de la société et de l’histoire. »

 

Pourquoi cette idéologie domine-t-elle ainsi ? Les racines en sont politiques : les forces sociales supposées y faire barrage s’effritent (syndicats, en partie à cause de l’accroissement de la précarité) ou semblent perdre toute substance (partis – que l’on pense au score du PCF à la dernière élection !). « L’invisibilité politique des classes populaires résulte d’abord de l’affaiblissement du vote de classe » et les voilà devenues « presque invisibles » (Henri Rey), dépossédée du « rôle historique » que l’on leur prêtait auparavant.

 

Accompagne enfin ce mouvement une sorte de « décollectivisation » des solutions à la « question sociale ». A l’atomisation des collectifs de travail répond un tranfert progressif de la formation professionnelle vers les entreprises, vers l’individu, chargé de se former lui-même « tout au long de la vie ».

 

Les enfants des quartiers populaires sont eux laissés à l’abandon, dit Laurent Ott, lequel néglige malheureusement le rôle considérable, de décérébration, que jouent les nouvelles technologies de l’industrie de l’entertainment dans ce phénomène d’isolement. Pourtant, la consommation de ce nouvel « opium du peuple » médiatique sous toutes ses formes est un double facteur d’isolement, isolement en tête à tête avec les diverses sources hypnotiques qui foisonnent, isolement aussi dans un rapport induit qui est celui du consommateur prolétarisé, comme le dirait sur son propre plan le philosophe Bernard Stiegler.

 

Mais il souligne par contre comment aux réponses collectives on substitue une réponse individuelle, «cette alliance étonnante entre les justifications d’ordre scientifique et médical et celles qui relèvent du souci de la restauration de l’autorité de l’école, en passant par la sécurité ou de la prévention de la délinquance. (…) Les enfants en difficulté sont considérés comme victimes de dysfonctionnements cognitifs ou psychologiques qui sont pris en compte pour leur gravité propre mais qui sont également perçus comme autant de signes avant-coureurs de conduites « antisociales ». »

 

C’est en effet à une véritable « psychologisation rampante de la question sociale » (François Sicot) qu’on assiste, alors qu’émerge un « marché de la psy », dans un  « contexte de rationnement et de renchérissement des soins ». Au-delà, c’est l’amorce d’un  « gouvernement par l’écoute » (expression de Didier Fassin) d’individus considérés comme en « apesanteur sociale », et appelés à « se gouverner mieux eux-mêmes », à « gérer aux mieux les risques ». Exit, ainsi, « les solutions politiques collectives ». 

 

La cohérence des portraits multiples et fragmentés qui ouvrent la France invisible se dessine : comme « il n’y a pas de catastrophe naturelle » (Sartre), il n’y a pas d’invisibilité naturelle. L’organisation de l’invisibilité sociale et politique du prolétariat d’aujourd’hui accompagne et sert un programme politique, celui de l’ultra-capitalisme aujourd’hui à l’œuvre sans contrepoids dans tous les pays, celui du démantèlement de toute forme de garanties, de socialisation et de protection collectives dont il est vrai, les classes dominantes n’ont guère besoin.

 

Quelle meilleure incitation qu’un tel livre à l’action politique, dans tous les sens du terme ?


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Lundi 29 janvier 2007
L"Histoire secrète de la V° République est une véritable somme, un pavé  qui revient sur toutes les "affaires", combines, meurtres, qui jalonnent l'histoire de cette V° République qui naquit, ainsi que le rappellent les auteurs de ce livre, d'un coup d'état en 1958.

La forme originale choisie par les auteurs a des avantages : de brefs articles que l'on peut parcourir à sa guise, clairs et informatifs, une vraie mine d'informations.
Elle a ses inconvénients : passée l'introduction qui tente de donner une cohérence à l'ensemble, l'histoire secrète s'émiette parfois en de petites histoires secrètes s'apparentant parfois en une accumulation de scandales plus ou moins publics. 


Par ailleurs, on ne peut s'empêcher de remarquer l'extrême prudence dont font preuve les auteurs lorsqu'il s'agit d'aborder des problèmes qui sont contemporains, comme par exemple la question du Rwanda ou de l'intervention française en Côte d'Ivoire, sujets sur lesquels ils prennent des pincettes avec des gant de velours.
Les bons esprits mettront cela sur la volonté de professionnalisme des auteurs. Notre "acide critique" nous amène plutôt à des considérations moins indulgentes... Ainsi l'article sur le Liban et la résolution 1559 est-il carrément nébuleux et ce n'est pas le seul. Celui sur les évènements de 2004 en Côte d'Ivoire justifie carrément  l'intervention militaire française lors de laquelle, rappelons-le, les soldats français ont ouvert le feu depuis leurs hélicoptères sur la foule à Abidjan (qui n'est pas, rappelons-le, en France) pour garder le contrôle des points stratégiques qu'ils avaient pris.


Néanmoins, cet ouvrage vaut par une réelle intelligence de ce qu'est la Cinquième République. Bien entendu, la France n'a pas le monopole des affaires d'Etat, des coups tordus de ses services secrets. Mais il y a une tradition particulière, un mode de fonctionnement qui est tout à fait singulier. Quelques extraits de cette préface permettent de les souligner.

A l'origine de la cinquième république, il y a disent les auteurs la tradition du colonialisme :
"les circonstances de la fin de l’Empire colonial français – et en particulier la longue guerre d’indépendance algérienne – ont structuré, pour des décennies, le comportement des élites françaises, politiques comme économiques.(...) La dimension militaire de la « présence française » en Afrique a toujours joué un rôle essentiel et méconnu, profondément marqué par l’expérience coloniale."

Et bien entendu la guerre d'Algérie:
"La guerre d’Algérie ne provoque pas seulement la chute de la IVe République. Elle se trouve à la source de la naissance de la Ve, accompagnant durant un lustre ses actes fondateurs, tout en les pervertissant en même temps. On a bien oublié aujourd’hui que c’est un « coup d’État froid » qui fait revenir Charles de Gaulle au pouvoir avec l’opération Résurrection.
Dès lors qu’il sera installé à Matignon, avant de devenir grâce à une nouvelle Constitution un véritable monarque républicain, de Gaulle aura une priorité majeure : conduire la guerre à son terme, c’est-à-dire à l’indépendance de l’Algérie, en négociant avec le FLN, l’ennemi de la veille, les conditions de l’accès de l’ancienne colonie à la souveraineté nationale. Cette indépendance sera pilotée dans un contexte très particulier, et surtout contraire aux idéaux républicains de la plupart de ceux qui avaient considéré l’ancien chef de la France libre comme le garant du passage de la France vers une démocratie adulte. Pour faire échec à la rébellion de l’armée, puis à l’OAS, l’hôte de l’Élysée s’installera dans une pratique politique peu conforme aux principes souvent généreux qu’il avait dit vouloir instaurer. Grâce aux pouvoirs spéciaux, avec les services spéciaux, on mène des opérations spéciales. À savoir non seulement secrètes, mais surtout aux limites, trop souvent franchies, de l’État de droit. En passant par la création de polices et d’officines parallèles qui agissent hors de tout contrôle démocratique, commettant des actes en contradiction avec la Constitution même de la Ve République, pourtant tout juste approuvée par le peuple souverain."

Ces racines ont trouvé leur expression dont l'organisation des pouvoirs  telle que la constitution l'a définie :
"'l'administration puissante est souvent dirigée depuis l’Élysée, car le président nomme personnellement chaque année par décret les 6 000 plus hauts fonctionnaires et autres responsables des diverses commissions, entreprises publiques et organismes divers. Est-ce bien raisonnable ? Une telle avalanche de nominations ne lie pas seulement le chef de l’exécutif aux cadres de la Nation. Ce système figé laisse également la porte ouverte à des organisations invisibles, des groupes de pression dont la discrétion n’a d’égale que la puissance, empruntant des voies détournées pour faire passer leurs vues, enchevêtrant connivences croisées, clientélisme ténébreux et échanges occultes de services."


Et cette organisation particulièrement anti démocratique, appuyée qui plus est sur des grands corps de fonctionnaires qui s'en sont fait une place fortifiée est bien évidemment un instrument au service d'une confluence remarquable :
"(...) un schéma constant dans l’histoire de la Ve République : la convergence de la raison d’État (principalement incarnée par l’action des services secrets) et la raison économique (principalement incarnée par le soutien de l’État aux grands groupes industriels et financiers, à commencer par ceux liés au nucléaire, à la défense nationale et au pétrole)."


En somme, la V° République est un instrument particulièrement adapté pour ceux qui en profitent le plus :
"les grands capitalistes, leurs pompes (pas seulement à finances), leurs œuvres, leur fatigante impunité, leurs solidarités invisibles, leur extraordinaire richesse et tous ces liens embrouillés, y compris de prévarication et de concussion, qui les ont rattachés et les rattachent encore au pouvoir politique et à l’administration."

A méditer, donc,  et à lire ... à son gré !

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Dimanche 31 décembre 2006
Le soir tombe sur ce dernier jour de 2006.Toute la journée, ainsi qu'un virus, les images de la pendaison de Saddam Hussein par des hommes de main se sont répandues sur internet. N'est-ce pas là exactement le concentré de tout ce qu'il faut combattre et repousser?

La technologie comme vecteur de la barbarie, voilà le résumé que nous offre ce dernier soir.

Alors souhaitons que cela change...!

Que l'aplatissement de la courbe de la pensée, écrasée à notre époque sous les courbes des ventes, s'interrompe.

Que la lutte contre la bêtise, et l'hyper consommation qui dévalorise tout et à laquelle elle s'alimente aujourd'hui, trouve de nouveaux matériaux, sur tous les fronts possibles.

Que le processus d'écrasement lent de la majorité de la population du globe sous une misère physique et intellectuelle croissante, ce processus de destruction progressive des acquis antérieurs et de la planète soit interrompu, dans tous les domaines possibles - et tous sont liés.

Que la force soit avec vous!

Et souhaitons, enfin, que la musique aussi soit avec nous...


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Mercredi 20 décembre 2006
Si vous êtes à court de cadeaux (tel n'est pas mon cas), et que vous pouvez mettre la main sur ce petit opuscule, il en vaut la peine. Oh, il n'est pas si récent que cela, mais sa lecture n'a pas perdu de sa valeur anti préjugés, anti "tarte à la crème", pour mieux dire.

Je veux parler de l'essai de Suzanne Berger, professeur au MIT, Notre première Mondialisation. "Première", car, affirme-t-elle, preuves à l'appui, le mouvement d'internationalisation des échanges qui marque l'économie mondiale a eu un premier temps fort... au XIX° siècle. Eh oui.

Ecoutez-là :

"Par mondialisation, j'entends une série de mutations dans l'économie internationale qui tendent à créer un seul marché mondial pour les biens et les services, le travail et le capital. De ce point de vue, la période qui s'étend des années 1870 à la première guerre mondiale est bien celle de la "première mondialisation".

L'internationalisation de l'économie y atteignit, dans dans les domaines du commerce et de la mobilité des capitaux, un niveau qu'elle ne retrouverait qu'au milieu des années 1980. La baisse du coût des transports favorisa un vaste mouvement de population hors des économies à bas salaires. Des pays comme l'Irlande et la Suède perdirent au moins 10% de leur population par décennie avant la guerre. Quelque 55 millions d'européens s'installèrent dans le Nouveau Monde.  En Europe occidentale, les travailleurs pouvaient franchir les frontières sans qu'on leur demande ni passeport, ni permis de séjour ou de travail. Rhétorique politique et nouvelles législations sur les tarifs douaniers n'empêchèrent pas les importations et les exportations d'augmenter : en 1910, le commerce extérieur représentait une part des économies nationales qu'il ne retrouverait, là encore, que 70 ans plus tard.

Des torrents d'actions et d'investissements directs furent déversés des pays développés vers le Nouveau Monde et vers les pays en voie de développement, aux marges de l'Europe et de l'Asie.

Certaines années, la Grande-Bretagne exporta jusqu'à 9% de son PIB en capitaux, tandis que d'autres pays européens s'approchèrent de ce chiffre. De 1887 à 1913, le volume net des investissements français à l'étranger représentait environ 3,5% du revenu national, une part plus importante qu'aujourd'hui. Les Français envoyaient leur épargne partout,  et particulièrement en Russie, dans l'empire ottoman et en Amérique latine. Et déjà les industriels français délocalisaient la production pour s'implanter en Europe de l'Est, en Asie mineure et ailleurs.


En termes de mobilité et d'intégration internationale, nous avons rejoint le niveau de la première mondialisation : la plupart des économistes s'accordent sur ce point, même s'ils divergent  sur la chronologie."

Partant de telles prémisses,  qui battent en brèche à elles seules la plupart des idées reçues ur la "mondialisation" aujourd'hui, Suzanne Berger se livre à l'examen de cette vague d'internationalisation du capitalisme, et comment à l'époque les gouvernements nationaux, les partis socialistes, ont réagi. On imagine l'intérêt d'une comparaison avec les discours fatalistes servis à la louche de nos jours, non? Alors, n'hésitez pas à jeter un oeil, voire les deux, si ce n'est pas encore fait.

Les conclusions de Suzanne Berger sont sans doute sujet à discussion, mais les dévoiler serait tuer inutilement le suspense, même si l'on connaît la fin de l'histoire : c'est la guerre mondiale, puis la crise des années 30, qui ont brisé l'unité du marché mondial. De quoi porter également un autre regard sur l'Irak? 

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Mardi 9 mai 2006
On en parle peu, et pourtant. Rien qu'en France, le nombre de suicides a largement dépassé celui des tués sur la route (la disproportions des moyens mis en œuvre saute aux yeux). Mais ce sont surtout les faits de société que révèlent les données sur le suicide que Christian Baudelot et Roget Establet veulent mettre à jour. Pari difficile : « peut-on faire la sociologie d’une exception?» s’interrogent-ils eux-mêmes.
Un pari rendu aussi plus ardu par leur choix de repartir des conclusions que l’un des pères de la sociologie, Durkheim, tirait de ses propres enquêtes sur le suicide au XIX° siècle. Bref, attention : ceci est bien un livre de sociologie, même s’il est un livre de vulgarisation.

Que disent les statistiques ? Elles sont très éloquentes, même parfois dans leur absence.

Ainsi, le chapitre consacré à l’Union Soviétique éclaire les mutations profondes et rapides qu’a connues cette société suite à la révolution d’octobre. Si l'on a d'abord cherché à étudier avec soin le suicide, pour y remédier, la fin des années 20 coïncide avec un changement social de traitement du suicide. On cesse alors de s'inquiéter des remèdes, on le stigmatise, on le condamne, à commencer par Staline dont la femme se suicidera... suicide maquillé en accident (déjà son fils avait tenté de mettre fin à ses jours).

On sait que nombre de suicidés sont des figures de proues de la révolution, du parti ou de la poésie (les auteurs mentionnent Essenine, mais curieusement pas Maïakovski), révolutionnaires écrasés, moralement, politiquement, puis physiquement, par la montée en puissance du stalinisme, de l’oppression. Le suicide est une mesure du stalinisme et sa non-mesure en est un indice. Surtout pour une ère stalinienne lors de laquelle on le sait, même si cette question est écartée dans ce livre, le suicide servira à maquiller la répression politique de masse - tout comme on déguisera la dissidence sous les traits de la maladie mentale.


Mais les chiffres restants permettent de mesurer l'envers du décor, à savoir que « dès les années 1965, l’URSS connaissait une « crise sanitaire » qui était elle-même la conséquence de tout un ensemble de dérèglements de grande ampleur dans le fonctionnement de la société (…) [qui] a commencé à se désintégrer». 

 

Pour nos sociétés actuelles, l'espèce d’abrégé d’histoire du suicide au XX° siècle qu'ont compilé Baudelot et Establet vaut également le détour.

Car en un siècle, depuis les études de Durkheim, nombre de tendances se sont inversées.

Sans éventer les détails que livre cet ouvrage, quelques faits s’imposent (pour en rester du moins à nos sociétés – car la culture, l’histoire, jouent leur rôle, ainsi dans l’existence en Asie d’un suicide féminin qu’on qualifiera de « vindicatif », d’arme ultime de protestation et d’action sur les vivants).

 
Alors qu’il y a un siècle c’étaient les villes qui étaient en quelque sorte des bouillons de culture des bacilles suicidogènes, ce sont aujourd’hui d’avantage les campagnes, plus largement les zones géographiques situées à l’écart des centres de richesse, qui sont relativement plus frappées. De même, alors que Durkheim considérait que « la misère protège », aujourd’hui tel n’est plus le cas, au contraire.

 
En réalité, expliquent Baudelot et Establet, la question est celle des relations sociales, de leur ampleur et de leurs qualités. L’isolement social est facteur de suicide, et c’est aujourd’hui dans les villes, et d’abord dans les catégories sociales supérieures, que les relations sociales se nouent le plus aisément, avec le plus de diversité. Ce que Durkheim appréciait au début du XX) siècle était le résultat d’une situation où la norme sociale restait celle héritée d’un mode de vie rural (et souvent empreint de religion, facteur inhibant du suicide), où la vie en ville se créait, était en rupture, en recherche. C’est aujourd’hui quasiment l’inverse, et c’est ce dont témoignent les modifications constatées dans les données sur le suicide.

 

Autre modification d’importance : l’augmentation relative dans les dernières décennies du taux de suicide de la jeunesse. Pour les auteurs, l’explication est que « le ralentissement de la croissance s’accompagne d’une profonde mutation du statut social de la jeunesse (…) la fin des études, le premier emploi, le départ de chez les parents (…) sont progressivement retardés, et cela dans toutes les catégories sociales ». (…)

« Surtout, ce sont les jeunes qui sont chargés d’expérimenter les nouvelles formes d’emploi (et de chômage…) imposées par la nouvelle donne économique : précarité, petits boulots, flexibilité, intensification du travail, sur fond d’insécurité sociale et professionnelle grandissante. La précarité retentit négativement sur tous les aspects de l’existence (…) ».

Ainsi, constatons que l’étude des statistiques du suicide révèle la profondeur du problème de la précarité qui souleva les manifestations de mars et d’avril dernier contre le CPE.

 

 « Suicide, l’envers de notre monde », révèle aussi une cartographie au moins sommaire du suicide en France aujourd’hui, corrélé avec les classes sociales, autant en France d’ailleurs qu’en Grande-Bretagne par exemple, où existe un fossé entre « l’Angleterre sinistrée de Ken Loach » et le « grand Londres de Blair-Thatcher ».

D’une manière générale, « le suicide a cessé de hanter les milieux plus aisés de la société pour se concentrer dans les milieux les plus pauvres et les plus fragiles. », les classes dominantes jouissant d’une « protection renforcée » ( cf. à ce sujet l’article publié sur ce même blog soulignant  que seules les causes de mortalité indiscriminées socialement, donc touchant à égalité les dites classes dominantes, donnaient lieu à des démonstrations d’indignation médiatiques).

 

Bien entendu, il n’y a aucun mécanisme, d’autres facteurs interviennent comme la pratique religieuse, la place de la famille (avoir des enfants est un facteur de protection – le mercredi est d’ailleurs le jour de la semaine où l’on se suicide le moins), le genre, etc.

Le suicide indique aussi le degré d’intégration que propose une société à ses membres. Il révèle aussi une organisation de la société que, reprenant les conclusions de l’ethnologue Georges Devereux,  Baudelot et Establet mettent en parallèle avec le tableau clinique de la schizophrénie : « distanciation des personnes, abstraction des relations, absence de configuration spatiale précise ».

Décidément, cette exception qu’est le suicide met en lumière les règles parfois invisibles de la société.

 

Voilà donc un livre décidément intéressant même pour des non – sociologues et dont un des aboutissements est que: « modestement, la sociologie contemporaine du suicide nous remet en présence des bonnes vieilles contradictions qui traversent le monde social depuis ses origines ».


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Vendredi 17 février 2006
Au secours Houellebecq revient est un petit essai d’Eric Naulleau, présenté sous la forme d’un entretien, entrecoupé d’un interlude, et publié concomitamment à la sortie de la possibilité d’une île, dont les médias firent on s’en souvient « l’évènement de la rentrée » avant que quiconque en ait lu une seule page. Naulleau s’enorgueillit d’avoir fait manquer le prix Goncourt à ce qu’il considère (et nous avec lui) comme un représentant de ce que Pierre Jourde a dénommé La littérature sans estomac (essai paru chez L'esprit des péninsules en  2002). Mais l’essentiel de cet opuscule est qu’il cherche à mettre certaines des racines de ce succès à nu.

 

Car ce triomphe commercial a de quoi laisser pantois, à commencer par le principal intéressé qui il est vrai l’est souvent (ceux qui ont lu ses interviews ont pu mesurer qu’il n’a rien à dire). Ecoutons-le :

« Je pense que j’ai gagné 6 ou 7 millions de francs avec Plateforme. Comme avec les particules. Ca grossit mon compte à la allied irish bank. C’est agréable, je n’ai plus besoin de me faire chier dans la vie… Je suis libre, vraiment libre »

 La liberté? Un gros compte en banque... et une voiture :

« C’est vrai que j’ai eu une expérience forte la première fois que j’ai lavé ma voiture. J’avais 45 ans et j’ai senti que je devenais enfin un homme. »


N’en restons pas à ces extraits d’interviews. Ce qui interroge, dans ce succès, c’est qu’il est celui d’un auteur qui se vante de n’avoir pas de style, et qui effectivement n’en a pas.


Au secours…
compare ainsi le traitement réservé par Houellebecq à deux de ses sujets de prédilection, le sexe et la dépression, avec celui d’écrivains contemporains. La conclusion qu’on peut en tirer, à l’instar de Pierre Jourde, c’est qu’on a affaire à  « un mélange d’apparente modernité et de roman de gare », à quoi s’ajoute la comparaison pertinente de Philippe Lançon (Libération), entre les livres de Houellebecq et … SAS.

 

Mais alors, pourquoi un tel succès ? Naulleau avance plusieurs explications.

 
Il y a d’abord l’état général de la littérature dans une époque où l’accélération et l’extension de la circulation des informations (entre autres) va de pair avec une superficialité accrue, une perte de mémoire, ce qui se traduit dans le domaine littéraire par la substitution de l’expression au détriment de la création. Naulleau ne l’écrit pas, mais on pourrait parler d’une télévisualisation des livres, ou (l’expression est de Jourde), de littérature devenue people.

 
Naulleau a inséré au cœur de son livre un interlude qui a des airs de déclamation à la Noir Désir. Cet interlude, dans la grande librairie, essaie sous cette forme de rendre compte du dit phénomène. Extrait :

« La guerre de tous contre tous est déclarée. Prenons la parole comme nous avons pris la bastille. Ligue des m’as-tu vu reconstituée. Anarchie des atomes. Electrons déchaînés. Derviches tourneurs de phrases. Quadrille d’intéressantes. Tranche de vie bien salée, très saignante. Faut-il vous l’emballer, monsieur ? Faut-il vous l’emballer, madame ? Des camions-bennes livrent à toute heure les tas de misérables confidences qu’ils déversent en vrac sur les éventaires. Vampires et graphomanes se prêtent la main pour faire une ronde. Vidons nos consciences et soulageons nos poubelles. Polyphonie des voix de tête dans ma tête. Elle est fraîche, ma confession, elle est fraîche. Il est lourd, mon secret, il est lourd. Elle vient de loin, ma douleur, elle vient de loin. Il me coûte, mon aveu, il me coûte. Elle est profonde ma dépression, elle est profonde. Je me déshabille pour vous, jusqu’au trente-sixième dessous, je n’irai pas plus loin. On a sa pudeur. Mais libre à vous de me dénuder tout à fait. Glisser vos mains sous la couverture, faites coulisser le masque. Voyez apparaître le visage grimaçant jusqu’à l’os, assurez-vous qu’il s’agit d’un autre masque sous lequel surgit de nouveau le premier. Ôtez-le à son tour, et constatez qu’il ne dissimule aucune face.»

 

Dans ce maelström de la grande librairie, Houellebecq dispose de plusieurs avantages.

L’un d’entre eux vient précisément de son absence de style, qui induit un effet de familiarité rassurant. Jean-Philippe Domecq le dit ainsi:

« Le lecteur, lui, s’y retrouve parce qu’il réentend, en condensé narratif, le style d’esprit des magazines (…) il n’en revient pas d’y retrouver ses derniers mots et objets quotidiens, ses tics et tendances du moment, qui n’avaient pas encore trouvé leur romanesque. Peu importe.

On est là en plein mimétisme, ersatz de mimesis et fort loin de cette littérature qui fait sourdre la chair du monde par la peau »

 
De plus, les thématiques de Houellebecq sont dans l’air du temps, quand bien même ce dernier n’est pas frais.
C’est ce que souligne un défenseur de Houellebecq, Olivier Bardolle, dans la littérature à vif :

« Il annonce la couleur, qui sera assurément pâle et blême, comme l’époque (…) comme cette lueur projetée sur ces centaines de milliers de visages rivés à leur ordinateur. Pâle et blême comme le sont ces multitudes de dépressifs en manque d’amour, d’anxieux en quête de sens, d’exaspérés de tous poils qui hantent les cabinets des psychothérapeutes»

 
D’ailleurs, les provocations nauséabondes de Houellebecq montrent – involontairement ?- à quel point il est un auteur « actuel », en particulier les borborygmes qu’il émit pour s’en prendre à l’islam, mais en réalité, derrière la religion, aux arabes. On nous excusera de rapporter ici ces propos vipérins, mais on en profitera pour constater que même dans l’insulte, Houellebecq fait dans le médiocre, l’impensé.

Aux déclarations médiatiques, telle celle-ci « l’islam est une religion simple et bête, on peut donc l’expédier en une phrase » répondent des passages de ses livres, tels celui-là : « Chaque fois  que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien, ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme à la pensée qu’il y avait un musulman de moins ».

Naulleau le souligne, on imagine (il donne d’ailleurs un cas d’exemple réel) le tollé qu’aurait soulevé un texte équivalent où l’on aurait substitué « juif » à « musulman ».

 
Ce personnage est donc en résonance avec tout ce que la société compte de petites abjections du quotidien.

Mais encore, il a bénéficié d’un phénomène qui le dépasse et dont il est un instrument, c’est l’avènement de ce que Naulleau désigne sous le nom de « capitalisme littéraire ». La concentration du capital dans le secteur de l’édition, le partage des prix littéraires entre les grandes maisons, et l’une de ses conséquences, la « rentrée littéraire »:

« (...) six cent romans s’abattent sur les tables des libraires. Ce n’est plus l’arbre qui cache la forêt mais la forêt qui s’efforce de dissimuler une dizaine d’arbres. » La littérature est noyée par le flot de livres.