Samedi 29 décembre 2007
Abellatif Kechiche nous offre avec ce film, qu'il a mis longtemps à pouvoir financer, un véritable chef d'oeuvre.A contre-courant de la production hexagonale usuelle, c'est à Sète, parmi les ouvriers et les immigrés, qu'il plonge une caméra qui trouve la force rare de s'attarder sur les personnages, les tranches de vie, sans pour autant se figer dans la compassion. Il y a une rage de vivre dans les plans qui se succèdent et qui pourtant pourraient être, en tout cas pour une grande partie de la population française, assez communs.
Voici donc Slimane, ouvrier sur les chantiers navals de Sète, divorcé, un homme silencieux, digne, et obstiné comme un mulet, un homme qui préfera vivre à debout et continuer d'avancer plutôt que de renoncer, quoiqu'il en coûte. Or, Slimane est licencié dans des conditions infâmantes - il n'est pas "rentable".
Il décide, avec l'appui de sa belle-fille, de ne pas en rester là et de transformer un vieux bateau, comme lui même, en un restaurant flottant flambant neuf, spécialisé dans le couscous au poisson - domaine dans lequel son ex-épouse excelle.
Mais cette volonté obstinée de prendre sa revanche, de ne pas se laisser abattre, va se heurter à de nombreux obstacles : au patron qui l'a licencié sans tenir compte de son passé dans l'entreprise viennent s'ajouter la banque, qui méprise son projet, puis l'Etat dont une représentante l'humilie en prétendant s'abriter derrière la loi française pour multplier les obstacles, et enfin les politiques de la mairie, relayant les petits commerçant blancs et racistes.
Mais face à ces obstacles, Slimane reçoit l'appui presque total de sa famille,
de ses amis, immigrés comme
lui, et de ses camarades du port, qu'ils soient blancs de peau ou non.Et Abdellatif Kechiche met ici en scène, dans un cinéma que Ken Loach ne renierait sans doute pas, l'immense fierté de tous ceux-là, de la france Invisible.
La fierté des immigrés installés depuis si longtemps et toujours méprisés, fierté qui s'exprime peut-être le mieux par la musique (et par la voix des musiciens et de la danse).
La fierté des ouvriers, que ce soit dans les grèves évoquées dans une conserverie que dans la soliarité quotidienne qui sourd par mille et un gestes. La fierté des femmes aussi, mise à mal parfois par les traditions, les rivalités, ou encore par la veulerie de certains hommes - la combinaison des trois offre une scène splendide à l'une des belle-filles de Slimane, russe d'origine, qui l'apostrophe et transforme son habituel silence en reconnaissance de culpabilité.
C'est cette fierté, ce refus de capituler, qui nourrit et traverse de part en part ce film plein de chaleur, soutenu par un suspense étranger aux poncifs du roman policier et d'autant plus fort, un film épris de la liberté qui se gagne aujourd'hui (signe des temps) en devenant son propre patron plus qu'en luttant contre celui-ci. Mais même cette liberté ne peut être le résultat , conclut Kechiche, que d'un combat collectif.
Voici donc, enfin, un grand film français au sens réel de ces termes, un véritable bonheur malgré la tragédie qui s'y noue, et une promesse possible que d'autres fleurs de cette force éclosent à l'avenir.


C'est significativement par une série de clichés que s'ouvre la nuit nous appartient, parmi lesquels un gros plan sur l'écusson de la brigade policière
new yorkaise qui va se livrer un duel (signe des temps?) avec la mafia russe , we own the night.
C'est un peu éberlué que l'on sort de "l'homme sans âge". Mais à bien y regarder, on a là tous les éléments de ce qu'ici on méprise dans le cinéma.
Gus Van Sant est un cinéaste
poète. Sa camera, son montage, sont en effet capable de dire plus que les mots, plus, et autrement. Il le prouve une nouvelle fois en abordant cette terra incognitae qu'est le continent
de l'adolescence.
America vs america, tel est l'angle sous
lequel la "vallée d'Elah" inaugure une série annoncée de films américains sur la guerre coloniale que mène le gouvernement Bush en Irak.
La guerre des Malouines fournit à Shane Meadows l'arrière plan de ce film, qui est aussi pour lui une plongée dans son propre passé puisque son père est mort dans cette
guerre.
On avait déjà eu 
Difficile, pour un cinéaste russe,
aussi talentueux soit-il, de s'aventurer en Tchétchénie. Dans une interview donnée en mai aux cahiers du cinéma, Alexandre Sokourov le remarque en disant qu'il est certain, avec ce film,
d'être accusé à Moscou de soutenir les tchétchènes, et à Paris de soutenir Poutine. 
Le monde féroce de l'entreprise moderne et de sa
gestion des "ressources humaines" prend peu, trop peu de place dans le cinéma actuel. On a en mémoire violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Montout, le
couperet de Costa-Gavras, ou encore plus récemment 
La bouffonnerie est une
vieille tradition qui a ses règles, et nul seigneur médiéval n'aurait pu s'en passer. S'en prendre aux puissants, en étant à la fois sufisamment grotesque pour qu'on puisse ravaler la
critique au rang de farce difforme sans conséquence. C'est sans doute à cet art qu'on doit rattacher Michael Moore, excentrique égocentrique tellement américain jusqu'au bout de la
casquette.
Vos commentaires