Jeudi 17 juillet 2008
Suite aux mouvements étudiants de la fin du printemps, et leur répression sauvage par la monarchie marocaine, 18 étudiants sont engeôlés à Marrakech, et mènent une grève de la faim qui les a porté à la limite de leur resistance physique.

Ci dessous deux poèmes de Fateh Agrane, militant algérien, qui ne nécessitent pas d'autres commentaires.

  Arroser ma fleur!

 Arroser ma peur,

 Crient des dédales,

  Mes pétales !

 

 Ils sont dix huit,

En lutte poursuite,

En grève résistance,

De la non pitance !


Ils sont dans ma fête

Ils sont dans ma tête,

J’entends leurs râles

Des geôles royales                                                                

                                                                          

Brûleurs d’espérance !

Dépotoirs seigneurs

Libérez mes fragrances

De vos puanteurs !


O ! Écarlate Zahra !

Résiste mon altesse,

Le MAGHREB se meurt

Brûlant sa jeunesse !


Est-ce suffisant, te donner mon cœur ?

Alors que tu as faim de nos mains !

Sommes-nous en prison cultivant la peur

Et toi liberté nous sculptant  demain !


Ne laissons pas Zahra aux dix huit feuilles mourir!

L’espoir dépérir,

Notre  conscience en rade !

Soyons cascade !

Barricade à fleurir,

D’amour  pétrir,

Toutes les dérobades !

Ne laissons pas, de nos dix huit feuilles, la vie  fuir !

Retirons Zahra des flammes

Sauvons notre résistance emblème !



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Samedi 28 juin 2008
Un peu de poésie maintenant. Le dernier disque de Rodolphe Burger est remarquable, et le texte qui suit ne l'est pas moins (on peut en savoir plus en allant sur son site.

A vous de goûter!

j’ai tant cherché à m’étourdir

à t’oublier à m’éblouir

j’ai tant de fois changé de nom

brouillé les pistes coupé les ponts

j’ai tant aimé perdre le fil

partir en mer quitter les îles

j’ai tant aimé perdre le nord

j’ai tant rêvé d’aimer encore

mais je veux maintenant

perdre en tenant ta main

mon temps

je veux prenant ta main maintenant

perdre mon temps avec toi


j’ai tant brûlé tant de vaisseaux

tant fait courir tant de chevaux

j’ai tant aimé partir jouer semer fumer penser voler / avec toi

j’ai tant aimé perdre le fil …et

je veux maintenant…

 

j’ai tant brûlé tant de vaisseaux

tant fait courir tant de chevaux

j’ai tant de fois changé de nom

brouillé les pistes coupé les ponts avec toi

j’ai tant aimé perdre le fil

partir en mer quitter les îles

j’ai tant aimé tout oublier

tout disperser tout effacer

mais je veux maintenant

perdre en tenant ta main mon temps / je veux prenant ta main maintenant

perdre mon temps…


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Vendredi 3 août 2007
Ce blog sera livré à lui-même dans les prochaines semaines.

Ou plutôt aux bons soins des deux à trois mille visiteurs qui l'honorent de leur visite chaque mois.


Pour vous, donc, je laisse ce poème de circonstance, et vous invite à utiliser cet intervalle de jachère pour laisser vos commentaires particuliers ou généraux sur "acide critique",  vos suggestions, vos appréciations, .. et critiques bien sûr, pour m'aider à préparer ... la suite!



Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs de villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie. Ô Rumeurs et Visions!

Départ dans l'affection et le bruit neufs!

transsiberien.jpg

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Mercredi 21 mars 2007
Le printemps, c'est le titre d'un poème d'Hermann Hesse, mis en musique par Richard Strauss dans ses quatre derniers lieder.

Je le reproduis ci dessous, puis j'ose en poster mon adaptation personnelle, tout en en appelant à la mansuétude (voire aux conseils) des germanistes.
Pour compléter la recette du jour, je propose une image du printemps... dont il vous appartiendra de deviner où il se lève!

------

In dämmrigen Grüften
träumte ich lang
von deinen Bäumen und blauen Lüften,
von deinem Duft und Vogelsang.

Nun liegst du erschlossen
in Gleiß und Zier,
von Licht übergossen
wie ein Wunder vor mir.

Du kennest mich wieder,
du lockest mich zart,
es zittert durch all meine Glieder
deine selige Gegenwart!

-- -- --

Dans de sombres caveaux,
J'ai rêvé longtemps
De tes arbres florissants et de tes brises bleutées,
De ton parfum et de tes chants d'oiseaux.

Tu te déploies à présent devant moi
Comme un miracle
Dans ta parure scintillante
Baignant dans la lumière

Tu me reconnais,
Tu m'attires tendrement
Ta présence exaltante
Fait frémir tous mes membres

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Jeudi 11 janvier 2007
Ne me demandez pas comment, chers lecteurs et lectrices, mais je me suis retrouvé face à ce poème en prose (encore! oui!...) de Baudelaire. Jusque là, bien, rien de si surprenant.

Le voici, et puis, on autorisera un petit commentaire enfiévré.

Chacun sa chimère

 

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi. 

 

Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'evidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
 
Chose curieuse à noter: aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même.
Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
 
Et le cortège passa à côté de moi et s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

 Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abbatit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.


Venons en à nos temps modernes.

"L'indifférence irrésistible" n'est-elle le fléau accablant par excellence auquel nous sommes tous confrontés et contre lequel nous avons désormais à lutter?

Alors, avec nos chimères, acceptons donc cette condamnation ... à l'espoir, d'un coeur léger!




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Mercredi 3 janvier 2007
Aujourd'hui, quelques mots de circonstance...

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères

Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le gout qui me tourmente
Le gout qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir gouté
La saveur de la mort...

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Vendredi 10 novembre 2006
Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui.

Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié !

Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine.

Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils.

J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, le sang. 

Le malheur a été mon dieu.

Je me suis allongé dans la boue.

Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.

Or, tout dernièrement m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j'ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.


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Samedi 30 septembre 2006
Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez - vous.

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."


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