Samedi 3 février 2007
Que faire lorsque l'on est un écrivain célèbre, que l'on vient de réaliser un livre assez réussi, et que l'on manque d'inspiration?

Eh bien, on donne le nom de sa page blanche à un personnage principal, donc Mr. Blank, que l'on enferme, amnésique, dans une pièce  impersonnelle. 

On le jette dans l'abyme, qui est on le sait une marque de fabrique de Paul Auster. Il lira donc une histoire rédigée par quelqu'un qui est enfermé, un peu comme lui.

Une histoire qui d'ailleurs ne vaut franchement pas grand chose, dira-t-on, et encore, par mansuétude.

Et enfin, l'on tentera tout de même d'aiguiser un tout petit peu la curiosité du lecteur en levant progressivement le voile sur Mr. Blank et les personnages qui l'entourent... tout en prenant le temps de décrire de manière clinique et inintéressante le moindre de ses petits gestes quotidiens. levant le voile, mais pas trop puisqu'en réalité on en reste au long des pages à la conjuration de l'angoisse de la page blanche et des angoisses d'un vieil écrivain, et guère dans autre chose.

Vendez le tout pour un peu plus de quinze euros, et le tour est joué... mais les lecteurs seront les dindons de la farce.

Bref. On retrouve évidemment dans ce petit livre des échos de la manière, coutumière, parfois réussie, parfois pénible, dont Auster questionne la place de l'écrivain et de l'imagination. Il y a notamment des références directes à sa trilogie new-yorkaise. Les inconditionnels, s'il y en a, le resteront et s'en régaleront peut être même? Les autres ont plus qu'intérêt à fuir cet exercice formel et sans vie qui n'eût jamais dû s'échapper d'un des cahiers bleus où Auster l'a sans doute couché.

commentaires (7)    publié dans : romans par O.C. ajouter un commentaire
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Commentaires

Ta position se défend, et j'aurais très bien pu adopter la même si je n'avais pas ressenti depuis longtemps un tel plaisir à sa lecture, annihilant par là-même tout recul vis-à-vis des procédés que tu remets en cause.
Voir ma position, beaucoup plus enthousiaste, sur mon blog, hier.
commentaire n° : 1 posté par : essel (site web) le: 03/02/2007 13:08:54
Ca ce conçoit tout à fait!

Disons que pour ma part j'ai tenu comme une circonstance aggravante son immersion dans ce microcosmique scriptorium, le suivi en rase motte des pérégrinations d'un vieil homme dans une petite salle confinée, et l'absence de style qui en découle. Le contraire de Brooklyn Follies, si plein de vie.

Mais il est vrai  que ce n'est pas la première fois qu'il fonctionne comme ça, c'est même sur ce ton là qu'il a commencé avec sa trilogie new yorkaise... dont il faut le dire je suis loin d'être fan. 

Ceci explique sans doute cela.
réponse de : O.C. (site web) le: 04/02/2007 14:46:50
Pas vraiment d'accord avec ce point de vu sur ce livre que j'ai beaucoup apprécié mais comme, justement, il s'agit d'un point de vu (argumenté qui plus est), je le conçois tout  à fait :)  . Pour ma part, c'est plutôt  Brooklyn Follies qui m'avait un peu déçu : c'était un roman agréable, mais sans plus or il me semble qu'ici, Auster va plus loin dans la conception et la relation auteur/personnage, ce qui éclaire pas mal le reste de son Oeuvre.

PS : J'ai cité ce billet dans ma critique du Scriptorium sur mon blog, j'espère que ce n'est pas un problème ;)
commentaire n° : 2 posté par : Menear (site web) le: 12/02/2007 09:34:39
Bonjour Guillaume,

Je vous retourne le compliment : votre critique est tout à fait argumentée et défend un point de vue qui,je suppose est sous-tendu par l'appréciation que l'on a de l'oeuvre d'Auster et surtout, me concernant, de son style (ne dit-on pas "le style, c'est l'homme"?).
Si je partage avec vous le fait que ce court roman s'inscrit tout à fait dans la continuité du travail d'Auster sur la fiction, j'y retrouve aussi ... tout ce que je n'avais pas apprécié dans sa trilogie new yorkaise, et notamment ce style qui me lasse terriblement, calqué sur le point de vue d'une caméra de surveillance.

Bien à vous!

Olivier
commentaire n° : 3 posté par : O.C. (site web) le: 12/02/2007 13:03:00
Bonjour à vous,

(bon ça fait longtemps qu'il n'y avait pas eu de nouveau commentaire ... :p)
Pour ma part, je ne connaissais pas Paul Auster, j'ai eu à lire "dans le scriptorium" pour un concours.
J'avoue que la fin et l'histoire imbriquée est magnifique par contre... en se qui concerne le début, mon sentiment général a été : "ennuyeux", "pompeux", "lent", "choquant" (quand Mr Blank se retrouve dans la salle de bain avec l'infirmière)
Je m'explique, personnellement j'ai été tout d'abord intrigué de suivre un vieil homme dans une pièce, sans mémoire etc... mais bon... mettre autant de détails est abusif !!!! C'est sur que grace à cela, j'arrive maintenant à imaginer se qu'est d'être vieux et sans mémoire mais j'avoue que si je n'avais pas à le lire, je l'aurais sans doute refermé au bout de la 30ième page....

Sinon, comme je l'ai dit plus haut, la fin est très belle au niveau du sens...
commentaire n° : 4 posté par : woodlord le: 08/04/2007 19:25:57

Je vous trouve cruel.
Paul Auster, n'a pas fait que reprendre sa trilogie New Yorkaise, il nous offre un retour sur investissement !

Il y a dans le scriptorium, un jeu sur presque tous les personnages de ses précedents romans:
Cité de Verre :
        Daniel Quinn
La chambre derobée :
    Fanshawe Sophie
    Fanshawe et son livre Nevermore :
         James Patrick Flood héros de Nevermore
Le voyage d'Anna Blum :
    Anna
    Samuel Farr
Moon Palace:
    Marco Stanley Fogg (decrit dans une des photos du bureau dans central park, et racontant une blague)
    David Zimmer
    Kitty Wu (decrite dans les photo)
La musique du hasard
    Jack et Nashe (décrit dans une des photos du bureau)
Mr Vertigo
    Walt  Rawley
Leviathan
    Benjamin Sachs
Nuit de l'oracle
    John Trauser

Cette liste n'est sans doute pas exhaustive.
Ainsi Paul Auster a tissé un réseau complexe entre ses personnages inventés depuis 20 ans. Le temps aussi est mis a l'epreuve, certain vieillissent, d'autre pas, certain ont des sentiments pour Mr Blank (image de Paul Auster dans ce livre qui finira comme les autres anagramme de l'auteur, piégé).
Je trouve ce livre tres bons, qui m'a ramener vers d'ancienne lecture de Paul Auster, comme des boucles, et qui donne l'impression que ces histoires n'en forment qu'une.
Lisez les anciens paul auster, et gardez celui la pour la fin.

 

 

commentaire n° : 5 posté par : BEn le: 03/07/2007 17:17:51
Eh bien ce post vient corroborer la conclusion de l'article : les inconditionnels de l'oeuvre d'Auster se régaleront. Tant mieux pour eux. Mais ce devraient bien être les seuls.
commentaire n° : 6 posté par : O.C. (site web) le: 03/07/2007 23:41:32
bah! moi j'ai bien aimé, et je n'avais rien lu de lui avant! je suis un ovni ? Je n'ai pas l'impression d'être passée à côté, et j'avais saisi qu'il s'agissait de personnages de romans. Maintenant je sais où les retrouver si j'ai envie d'en savoir plus... Je me suis noté "Cité de verre" ! :)
commentaire n° : 7 posté par : sylvie (site web) le: 22/04/2008 20:20:23

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