Mercredi 20 décembre 2006
Si vous êtes à court de cadeaux (tel n'est pas mon cas), et que vous pouvez mettre la main sur ce petit opuscule, il en vaut la peine. Oh, il n'est pas si récent que cela, mais sa lecture n'a pas perdu de sa valeur anti préjugés, anti "tarte à la crème", pour mieux dire.

Je veux parler de l'essai de Suzanne Berger, professeur au MIT, Notre première Mondialisation. "Première", car, affirme-t-elle, preuves à l'appui, le mouvement d'internationalisation des échanges qui marque l'économie mondiale a eu un premier temps fort... au XIX° siècle. Eh oui.

Ecoutez-là :

"Par mondialisation, j'entends une série de mutations dans l'économie internationale qui tendent à créer un seul marché mondial pour les biens et les services, le travail et le capital. De ce point de vue, la période qui s'étend des années 1870 à la première guerre mondiale est bien celle de la "première mondialisation".

L'internationalisation de l'économie y atteignit, dans dans les domaines du commerce et de la mobilité des capitaux, un niveau qu'elle ne retrouverait qu'au milieu des années 1980. La baisse du coût des transports favorisa un vaste mouvement de population hors des économies à bas salaires. Des pays comme l'Irlande et la Suède perdirent au moins 10% de leur population par décennie avant la guerre. Quelque 55 millions d'européens s'installèrent dans le Nouveau Monde.  En Europe occidentale, les travailleurs pouvaient franchir les frontières sans qu'on leur demande ni passeport, ni permis de séjour ou de travail. Rhétorique politique et nouvelles législations sur les tarifs douaniers n'empêchèrent pas les importations et les exportations d'augmenter : en 1910, le commerce extérieur représentait une part des économies nationales qu'il ne retrouverait, là encore, que 70 ans plus tard.

Des torrents d'actions et d'investissements directs furent déversés des pays développés vers le Nouveau Monde et vers les pays en voie de développement, aux marges de l'Europe et de l'Asie.

Certaines années, la Grande-Bretagne exporta jusqu'à 9% de son PIB en capitaux, tandis que d'autres pays européens s'approchèrent de ce chiffre. De 1887 à 1913, le volume net des investissements français à l'étranger représentait environ 3,5% du revenu national, une part plus importante qu'aujourd'hui. Les Français envoyaient leur épargne partout,  et particulièrement en Russie, dans l'empire ottoman et en Amérique latine. Et déjà les industriels français délocalisaient la production pour s'implanter en Europe de l'Est, en Asie mineure et ailleurs.


En termes de mobilité et d'intégration internationale, nous avons rejoint le niveau de la première mondialisation : la plupart des économistes s'accordent sur ce point, même s'ils divergent  sur la chronologie."

Partant de telles prémisses,  qui battent en brèche à elles seules la plupart des idées reçues ur la "mondialisation" aujourd'hui, Suzanne Berger se livre à l'examen de cette vague d'internationalisation du capitalisme, et comment à l'époque les gouvernements nationaux, les partis socialistes, ont réagi. On imagine l'intérêt d'une comparaison avec les discours fatalistes servis à la louche de nos jours, non? Alors, n'hésitez pas à jeter un oeil, voire les deux, si ce n'est pas encore fait.

Les conclusions de Suzanne Berger sont sans doute sujet à discussion, mais les dévoiler serait tuer inutilement le suspense, même si l'on connaît la fin de l'histoire : c'est la guerre mondiale, puis la crise des années 30, qui ont brisé l'unité du marché mondial. De quoi porter également un autre regard sur l'Irak? 

commentaires (1)    publié dans : essais par J.G. ajouter un commentaire
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