Samedi 18 novembre 2006
Selon d'anciens récits, les hommes parlaient jadis la même langue, et entreprirent grâce à cette entente de bâtir une ville et une tour dont le sommet atteigne les cieux. De charmante humeur comme à l'accoutumée, Yahvé s'alarme et  prend donc la décision qui s'imposait, je cite:
"Voilà que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux! Allons! Descendons! Et là, confondons leur langage  pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres".

L'éternel, consciencieux comme l'on s'en doute, éparpilla ensuite les hommes sur la planète entière pour s'assurer que la mésentente qu'il venait d'introduire perdurerait.

Inàrritu aime les accidents. On se souvient en particulier du "21 grammes" à la narration fragmentée à partir d'une collision initiale. Ce film était brulant, déroutant, brillant, prenant.

Mais là, ce Babel est un beau film raté.
Inàrritu veut absolument montrer que nous appartenons tous à une commune humanité, depuis le japon hyper-moderne jusqu'aux villages perdus du Maroc, en passant par ce Mexique qu'il aime tant et filme si bien (à noter que le scénariste de ce film est le même que celui de "trois enterrements"). Il veut souligner, à partir d'un accident initial, que tous nos destins sont interconnectés. Il veut montrer, enfin, que les barrières qui nous séparent ne sont pas tant celles du langage que celles des préjugés, et aussi celles des frontières et des polices, dont la brutalité et l'arrogance déclenchent des catastrophes humaines tellement prévisibles qu'elles semblent même marquées du sceau de la fatalité - le pire y semble toujours certain.

Certes, l'épisode biblique de Babel relève de la malédiction...
Mais  trop vouloir montrer ainsi, Inàrritu prend un risque terrible : celui de devenir le Wenders mexicain. Toute la maîtrise du monde ne peut sauver un film du préchi précha, qu'on peut presque ressentir physiquement dans la salle à chaque fois que l'ambiance sonore s'efface au profit de la musique. Au final, quelle est la langue commune à cette humanité commune, sinon les pleurs ? C'est en tout cas la conclusion filmique  de ce  Babel : tous les humains pleurent... merci de l'info.

Et pourtant, quels plans extraordinaires parfois, qui vous emmènent et vous font presque perdre la tête! On a ainsi l'occasion dix fois de se réconcilier avec ce cinéaste, puis de le maudire pour avoir hélas cette fois-ci sacrifié son talent sur l'autel d'un sermon assez sombre, et sans doute aussi vain que les milliers qui l'ont précédé et les milliers qui le suivront, pour faire retomber immanquablement les quelques plans aériens illuminés dans l'ornière de sa démonstration pataude. Quel dommage!

commentaires (0)    publié dans : films 2006 par J.G. ajouter un commentaire
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