Dimanche 29 octobre 2006
Clint Eastwood est un cinéaste du clair obscur, jusque dans le traitement de l'image, jusque dans la lumière intense qui éclaire ses films. Et, forcément, au travers des histoires qu'il met en scène, il est devenu un explorateur des zones d'ombre.

Flags of our fathers revient sur ce qui fut le verdun des soldats américains, la bataille du pacifique, et plus particulièrement le combat pour une petite île perdue, Iwo Jima. Pour ceux qui croyaient avoir vu en Indigènes un bon film de guerre, la leçon de choses sera, au moins ... éclairante. Eastwood et ses acteurs nous immergent dans la guerre et son horreur. Et c'est pour la questionner : qu'est-ce qui justifie une pareille sauvagerie? Est-ce là l'héroïsme? "Il n'y a pas de quoi être fier des chose que nous avons faites à Iwo Jima" dira l'un des soldats.

Où est la frontière avec l'inhumanité, questionne aussi Eastwood, par un simple plan montrant un infirmier qui doit tuer pour tenter de sauver une vie, et mettant côte à côte, enveloppés par la nuit, deux agonisants de camps opposés. On comprendra l'importance de ce que ce film soit suivi d'un Letters from Iwo Jima suivant cette même bataille du point de vue japonais.

Tout en montrant le courage, la bravoure, des soldats, précipités en enfer et qui tiendront, dit une des voix qui commentent Iwo Jima depuis aujourd'hui (mais ce ne sont pas là les moments les plus réussis du film), pour leurs amis,  leurs camarades d'armée, Eastwood réalise en fait aussi un film sur le mensonge.

Mensonge de l'histoire officielle, des images de propagande, laquelle doit produire des héros pour manipuler les masses et satisfaire ainsi aux objectifs du gouvernement du jour.
Mensonge des promesses faites aux soldats, à Washington, comme dans le pacifique.

Mensonge aussi quotidien, réconfortant, indispensable pour supporter la vie et la mort, mensonge des petites gens se reflètant en miroir jusque sur le lit de mort d'un des "héros" d'Iwo Jima.

Et c'est donc sur l'anatomie d'un mensonge qu'est construit Flags of our fathers, sur l'histoire de ce(s) drapeau(x), d'un drapeau qui n'était pas celui qu'on croyait, de ces héros qui n'étaient pas ceux qu'il fallait et qui pourtant... sans le savoir, l'étaient.
Malgré quelque lourdeur dans la narration, Clint Eastwood, cinéaste de l'ombre et de la lumière, cinéaste du doute, cinéaste de l'humain, et ses acteurs aussi terriblement humains, forts et frèles, ont réussi un film poignant et superbe.

commentaires (0)    publié dans : films 2006 par J.G.
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Commentaires

Je compte aller le voir cette semaine... Je ne pense pas être déçue, Eastwood, malgré quelques défauts, fait toujours de très bons films.
commentaire n° : 1 posté par : choupynette (site web) le: 29/10/2006 14:43:58
Une phrase dans ce film, qui explique tant de choses:  "on meurt pour ses copains, pas pour son pays"....ou quelque chose comme ça...
commentaire n° : 2 posté par : marc d HERE (site web) le: 20/11/2006 11:14:17
Exact. Et Anatole France, lui, a écrit, pris d' on ne sait quel coup de sang : "on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels et les banquiers". A méditer...
réponse de : J.G. (site web) le: 20/11/2006 13:52:45

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