La ballade de Jack et Rose, de Rebecca Miller (fille d'Arthur) est un film poignant.
Dans une ambiance confinant au huis clos - sur une île paradisiaque et encore sauvage de la côte atlantique des Etats-Unis, Daniel Day-Lewis campe une sorte de dernier des mohicans d'une communauté fondée dans les années 70 et qui s'est depuis dissoute. Il est resté seul avec sa fille - en couple - et tente de rester fidèle à un mode de vie au plus près de la nature, retranché dans une maison aux airs de bunker bucolique.
Le film met en scène la fin de son parcours - qui est aussi celui de toute une époque (il est situé en 1986). S'ouvrant sur des évocations visuelles du flower power, cette ballade mélancolique souligne avec élégance que le temps n'est pas le seul des vents à avoir balayé cette communauté. Bien sûr, il y a l'avidité des promoteurs, et celle de l'upper middle class américaine pour des maisons standard ... communautaires à leur manière, qui dévorent les espaces libres.
Mais il y a aussi le choc frontal avec la civilisation américaine telle qu'elle est devenue, si éloignée de celle qu'a embrassée Jack. Cette collision intervient avec le débarquement de la maîtresse de Jack et ses deux fils, avec leurs problèmes, bien éloignés des idéaux hippies : leur poids, le sexe, l'obsession d'une certaine normalité - l'étonnement devant l'innocence.
Jack les a fait venir dans son paradis privé dans l'espoir de le perpétuer. Il ne fait qu'en précipiter la fin, tandis que cette tentative de famille recomposée le confronte aux tourments du complexe d'oedipe.
Enfin, ce film souligne également que la vie solitaire, dénuée de tracas financiers, de Jack l'a amené à fonctionner sur le mode farouchement individualiste qui est celui-là même de la société dont il s'était éloigné - l'égoïsme, aussi empreint de bonnes intentions soit-il.
Daniel Day-Lewis une nouvelle fois impeccable (jusqu'à l'adoption de l'accent ecossais) se démène dans une situation sans issue, finissant par se contenter de l'espérance, loin après Villon, que "frères humains qui après nous viendrez, n'ayez point contre nous le coeur endurci".
C'est en effet avec beaucoup de tendresse que Rebecca Miller décrit la fin d'un mode de vie communautaire. C'est cette tendresse sans doute qui l'a poussée à ajouter une dernière scène ressemblant par trop à une happy end pour ne pas apparaître comme en complet décalage avec tout ce qui précède.
Cela dit, la ballade de Jack et Rose est un film magnifique, entremêlant avec talent et grâce le destin d'une génération et la relation émouvante d'un père et de sa fille.
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