Lisant de quoi Sarkozy est-il le nom? d'Alain Badiou sur lequel on reviendra ici si le temps nous en est laissé, un passage (le quatrième des huits
points) nous saute aux yeux suffisamment pour qu'on le fasse partager aux vôtres sans attendre. "L'amour, procédure de vérité portant sur le Deux comme tel, sur la différence en tant que différence, est menacé de toutes parts. Il
est menacé sur sa gauche, si je puis dire, par le libertinage, qui le réduit aux variations sur le thème du sexe, et sur sa droite, par la conception libérale, qui le subordonne au
contrat.
C'est sur l'amour que se concentrent les offensives ruineuses et conjointes des libertaires et des libéraux.
Les premiers soutiennent les droits de l'individu démocratique à la jouissance sous toutes ses formes, sans voir que, dans un monde réglé
par la dictature marchande, ils servent de fourriers à la pornographie, qui est l'un des plus importants marchés planétaires.
Les seconds voient l'amour comme un contrat entre deux individu libres et égaux, ce qui revient à se demander si les avantage qu'en tire l'un balancent équitablement les avantages qu'en tire
l'autre.
Dans tous les cas, on reste interne à la doctrine selon laquelle tout ce qui existe relève de l'arbitrage entre des intérêts individuels. La seule différence entre les libertaires et les
libéraux, qui valident comme norme unique la satisfaction des individus, est le recours des premiers au désir, contre le recours des seconds à la demande.
On soutiendra, contre cette vision des choses, que l'amour commence au-delà du désir et de la demande, que cependant il enveloppe. Il est
examen du monde du point du Deux, en sorte que l'individu n'est aucunement son territoire.
S'il y a un sujet de l'amour, c'est précisément parce qu'il est une construction disciplinée qui ne se laisse ramener ni à la satisfaction du désir, ni au contrat égalitaire entre individus
responsables. l'amour est violent, irresponsable et créateur. Sa durée est irréductible à elle des satisfactions privées. Il crée une pensé neuve, dont le contenu unifié porte sur la disjonction
et ses conséquences.
Tenir le point de l'amour est grandement éducatif sur la mutilation qu'impose à l'existence humaine la prétendue souveraineté de l'individu. L'amour enseigne en effet que l'individu comme tel
n'est que vacuité et insignifiance. A soi seul, cet enseignement mérite de considérer l'amour comme une noble et difficile cause des temps contemporains."
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