Mercredi 20 février 2008
Lisant  de quoi Sarkozy est-il le nom? d'Alain Badiou sur lequel  on reviendra ici si le temps nous en est laissé, un passage (le quatrième des huits points) nous saute aux yeux suffisamment  pour qu'on le fasse partager aux vôtres sans attendre.
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"L'amour, procédure de vérité portant sur le Deux comme tel, sur la différence en tant que différence, est menacé de toutes parts. Il est menacé sur sa gauche, si je puis dire, par le libertinage, qui le réduit aux variations sur le thème du sexe, et sur sa droite, par la conception libérale, qui le subordonne au contrat.

C'est sur l'amour que se concentrent les offensives ruineuses et conjointes des libertaires et des libéraux.

Les premiers soutiennent les droits de l'individu démocratique à la jouissance sous toutes ses formes, sans voir que, dans un monde réglé par la dictature marchande, ils servent de fourriers à la pornographie, qui est l'un des plus importants marchés planétaires.

Les seconds voient l'amour comme un contrat entre deux individu libres et égaux, ce qui revient à se demander si les avantage qu'en tire l'un balancent équitablement les avantages qu'en tire l'autre.

Dans tous les cas, on reste interne à la doctrine selon laquelle tout ce qui existe relève de l'arbitrage entre des intérêts individuels. La seule différence entre les libertaires et les libéraux, qui valident comme norme unique la satisfaction des individus, est le recours des premiers au désir, contre le recours des seconds à la demande.


On soutiendra, contre cette vision des choses, que l'amour commence au-delà du désir et de la demande, que cependant il enveloppe. Il est examen du monde du point du Deux, en sorte que l'individu n'est aucunement son territoire.
S'il y a un sujet de l'amour, c'est précisément parce qu'il est une construction disciplinée qui ne se laisse ramener ni à la satisfaction du désir, ni au contrat égalitaire entre individus responsables. l'amour est violent, irresponsable et créateur. Sa durée est irréductible à elle des satisfactions privées. Il crée une pensé neuve, dont le contenu unifié porte sur la disjonction et ses conséquences.

Tenir le point de l'amour est grandement éducatif sur la mutilation qu'impose à l'existence humaine la prétendue souveraineté de l'individu. L'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance. A soi seul, cet enseignement mérite de considérer l'amour comme une noble et difficile cause des temps contemporains."

commentaires (1)    publié dans : essais par O.C. ajouter un commentaire
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