Lundi 23 janvier 2006
Le 19 janvier, Jacques Chirac est venu développer une nouvelle doctrine justifiant les 3 milliards d'euros dépensés chaque année pour entretenir l'arsenal nucléaire français (l'argument de la dette ne vaut décidément pas pour tout le monde)

Ce n'est  pas pour rien que l'on parle "d'hiver nucléaire": on en a froid dans le dos.

Il s'agit, dit notre "quasi-délinquant" élyséen (cf. Arnaud Montebourg), de défendre  les "intérêts vitaux"  de la France.
"La perception de ces intérêts évolue au rythme du monde", dit-il... Beau truisme qui débouche sur une définition, elle,  tout à fait antédiluvienne
de ces "intérêts vitaux", vieille comme toutes les guerres: "la garantie de nos approvisionnements stratégiques ou la défense de pays alliés".

Suit une tirade d'un bellicisme de bas étage:
"Les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part.
Et cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature."

C'est que Chirac ne veut "pas laisser planer le doute sur notre volonté et notre capacité à mettre en oeuvre nos armes nucléaires."

Et, précise-t-il : "nous nous réservons toujours, cela va de soi, le droit d'utiliser un ultime avertissement pour marquer notre détermination à protéger nos intérêts vitaux". Et de louer les capacités destructrices de nos redoutables sous-marins.


"Cela va de soi"? Mais qu'est-ce qui "va de soi"?

Forçons-nous encore un instant à entendre ces propos glaçants. Car nous avions épargné jusque là à nos lecteurs le trait véritablement le plus insupportable de ces propos qui évoquent avec tant de fougue l'anéantissement possible de centaines de milliers de personnes - au bas mot.

"Il appartiendrait au Président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une agression, d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux."

Il n'est donc pas dit qu'après avoir rallumé les feux de Mururoa, Chirac n'escompte pas associer son nom à un nouvel Hiroshima. On entre dans l'histoire comme on peut.

Mais sommes-nous dans un pays réellement civilisé?

Qu'on y pense en effet : un homme seul, en fonction de considérations dont on nous dit à l'avance qu'elles seront tout à fait conjoncturelles et personnelles, pourrait décider d'utiliser la pire des armes jamais engendrées par l'industrie militaire, l'arme de l'apocalypse, la mort nucléaire.

Un homme seul pourrait selon sa conception des intérêts de "la France", de rayer de la carte une ville et sa population, par exemple, c'est dans l'air du temps, en Iran.

Alors, sommes-nous dans un pays réellement civilisé?

Voilà ainsi confié un pouvoir extraordinaire à un homme, seul, qui plus est âgé et à la santé fragile, un homme menacé des tribunaux dès son départ de l'Elysée, un homme élu avec le plus mauvais score de l'histoire au premier tour, et vainqueur par défaut au second tour.



On est contraint de répondre par la négative : sous le vernis clinquant de la technologie, nous vivons des temps barbares.

Voir les 5 commentaires - Publié dans : actualité - Par J.G. - Ecrire un commentaire
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