Jeudi 6 décembre 2007
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Dans une interview donnée au Point, Philip Roth affirme :
« je commence généralement un livre avec rien, sinon de montrer monsieur X placé dans une situation difficile Y. La clé de la réussite littéraire, c’est de trouver le bon X pour la situation Y et vice-versa. »

 

  
 

Everyman est-il monsieur ? Sa situation est certes difficile : le voilà qui décède, et le livre s’ouvre sur ses funérailles. Celles-ci closes (« en l’espace de quelque minutes, le pas lourd et a larme à l’œil, ils avaient tous pris du champ après cette besogne rebutante entre toutes aux yeux du genre humain, et il resta seul.»), le voilà qui évoque une dernière fois son existence.   

 

 

Mais si le titre choisi par la traduction est « Un homme », Everyman peut aussi se traduire : un homme comme les autres, tout un chacun. D’ailleurs, on cherchera en vain le nom et le prénom de cet homme. Nul n’y fait référence, c’est l’absent de ce livre.
Et l’essentiel de cette évocation de sa vie est précisément d’une grande … banalité. D’autant que la réflexion sur la vieillesse y occupe une place centrale

 

« S’il avait connu la souffrance de chaque homme, de chaque femme, croisés pendant sa vie active, s’il avait connu leur douloureux parcours fait de regret, de deuil, de stoïcisme, de peur, de panique, de terreur, s’il avait découvert toutes les choses auxquelles ils avaient dû dire adieu alors même qu’elles leur étaient si vitales, s’il avait connu le détail de leur destruction en règle (…) ce n’est pas une bataille, la vieillesse, c’est un massacre »

 

   

Ces « ruminations d’un homme condamné » sont accompagnées dans cette ultime randonnée temporelle par la litanie des opérations que monsieur X a subies tout au long de son existence. Litanie car en la matière, monsieur tout le monde est un recordman de l’hospitalisation. Vieillesse et maladie conjuguées finissent au bout d’un moment par faire ressembler le livre à ces échanges entre personnes âgées qu’évoque Roth : « la conversation finissait toujours par rouler sur les questions de maladie : leur carnet de santé était devenu leur carnet de bord ».

 
 

Certes, il y a aussi l’évocation du sexe, et aussi d’un souvenir doré de jeunesse qui subsiste, celui de ces après midi d’été entières passées à mesurer son jeune corps plein de vie à  la puissance de l’océan, s’y faire « chahuter jusqu’à l’étourdissement », « jusqu’à ce que la lumière rasante brasillant sur les vagues lui dise qu’il était temps e rentrer », souvenir qui fait fortement contraste avec le vernis terne qui recouvre les autres lignes. A dessein, sans doute : on n’imagine pas everyman se raconter autrement, il n’est pas Nathan Zuckerman, et donc semble quasiment dépourvu de cette ironie mordante, de cette folie sous-jacente, de cette jubilation verbale et cette profondeur et ce recul qui caractérisent les sommets de l’œuvre de Roth.

 

 

Plus précisément, il est difficile de ne pas songer au Théâtre de Sabbath, paru au milieu des années 90, qui sera donc le prochain Roth chroniqué ici – d’autant qu’on soupçonne que le cimetière où est enterré everyman est celui-là même ou Mickey Sabbath allait se réserver une concession, avec vue (!), dans un des tourbillons de cette crise permanente qu’est sa vie.

 

Le théâtre de Sabbath mettait en scène un affrontement brutal entre Eros et Thanatos, une pulsion de vie tourmentée et avide de sexe et une pulsion de mort non moins puissante entre lesquelles, comme Ulysse, Mickey Sabbath le marionnettiste est emporté de tempête en naufrage.

 

Dans  un homme, Thanatos peut célébrer sa victoire, celle que chantait Brel « le corps incline déjà la tête, étonné d’être encore debout ». Ce qui fait de ce court livre, rythmé par les pelletées de terre se déversant sur les différents cercueils qu’il décrit, un ouvrage en demi-teinte, bien loin de ce que Roth a produit de meilleur.

 

 

 

commentaires (2)    publié dans : Philip Roth par O.C. ajouter un commentaire
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Commentaires

je ne sais pas encore s'il va rentrer dans ma pile celui là. Ton commentaire laisse la question ouverte.
commentaire n° : 1 posté par : sylvie (site web) le: 17/12/2007 11:42:23
Je viens de le terminer et c'est un réel plaisir. Un vie simple et Philip Roth en fait un formidable roman. Puissant, sombre mais terriblement efficace qui nout fait réfléchir sur ce que nous sommes, ce que nous avons fait de notre vie et de l'inévitable mort, déchénace physique qui nous attend tous...
Bravo!
commentaire n° : 2 posté par : BenoitD (site web) le: 03/03/2008 14:49:41

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