America vs america, tel est l'angle sous
lequel la "vallée d'Elah" inaugure une série annoncée de films américains sur la guerre coloniale que mène le gouvernement Bush en Irak.
En effet, Tommy Lee Jones, décidément spécialiste de l'incarnation d'une amérique
mythique, incarne un militaire de carrière en retraite, encore engoncé dans les routines, les techniques et les repères moraux qu'il en a retirés, dont le fils sert en Irak et disparaît
au cours d'une permission dans sa mère patrie.
Menant sa propre enquête, il va devoir écarter au fil de sa progression des rideaux successifs de mensonges. Ceux de l'armée qui dissimule la vérité dans des tiroirs à double
fond, mensonges successifs des soldats, jetés jeunes, inconscients dans tous les sens du terme, dans cette aventure sanglante; mensonges, enfin, de la propagande déversée par tous les écrans de
télévision et qui sont répercutés par les petits drapeaux que toutes les maisons américaines semblent ici arborer en soutien aux "guys".
Mais il se heurte aussi aux mensonges qui ont bercé sa propre vie, ceux de la facilité qui désigne les latinos comme de "mauvais américains", et même ceux des mythes comme celui de
l'affrontement de David et Goliath, dont Charlize Therizon qui l'épaule efficacement dans ce film lui assènera qu'il n'a jamais existé.
Qui est David, qui est Goliath?
Est-ce le Goliath américain confronté au David irakien et en passe d'être terrassé par plus petit que lui? L'action du film est placée au moment de l'offensive terrifiante menée contre Falloujah,
qui a tranformé cette ville en un champ de ruines jonché de cadavres sous les vivats de Fox News et de Georges Bush célébrant la "victoire" de la "démocratie" et de la "liberté", ce qui ne manque
pas d'a-propos.
Sont-ce tous ces petits David en uniforme précipités dans un enfer d'où ils ressortent complètement inhumains? Une des forces de ce film est en tout cas de montrer, sans fard, ce
que deviennent ces jeunes gens une fois passés, mais aussi de montrer comment la vie quotidienne, en tout cas de leur permissions en Amérique, tramée de boîtes de nuits écoeurantes, d'une
télévision imbibée de violence, de fast-food sans âme comme les rues de ces petites villes américaines qui plébiscitèrent Georges Bush en 2002, prépare le terrain à la barbarie, sous une autre
forme que celle déjà évoquée par exemple par Flandres. S'y combine aussi ce quemet en évidence le personnage
de Charlize Terizon, femme-flic intelligente et mère célibataire confrontée au machisme ordinaire et à la vulgarité aggressive de ses collègues.
Il est cependant des mythes tout aussi mensongers que ce film de Paul Haggis n'écorne pas, restant à cet égard en deçà d'un Clint Eastwood (dont il avait pourtant éé le scénariste). Celui d'une armée américaine autrefois du "bon côté" et qui serait passé
du mauvais avec la guerre en Irak. Sans remonter jusqu'au viol d'une allemande par des GIs en 1945 mis en scène dans Allemagne mère blafarde, on ne fera croire à personne que les guerres
du Vietnâm, de Corée, furent affaire d'enfants de choeur et de boy-scouts. Mais peut-être ce recours au thème du bien contre le mal, tout comme d'ailleurs la forme assez classique de ce film
servent-ils à emmener le spectateur à partager la conclusion du film qui est explicitement celle-ci : alors que des nouveaux jeunes américains sont envoyés là-bas, il faut trouver une solution
pour s'en sortir. Mais même cette conclusion fleure l'impuissance, celle du star spangled banner flottant à l'envers comme un appel à des secours improbables. C'est que ce n'est pas sur
le terrain des "valeurs traditionnelles" des Etats-Unis que l'on peut envisager une issue pour ces jeunes gens, mais sur le terrain du combat politique contre le gouvernement Républicain et aussi contre la majorité Démocrate qui condamne pour la forme la guerre ...
tout en en votant les crédits.
De fait, ce film se situe du point de vue de ces cercles militaires de plus en plus nombreux qui constatent l'échec des plans de leurs "géniaux" stratèges, les désertions
croissantes, la démoralisation des troupes auxquelles on autorise du coup, souligne le film, le recours à la drogue, à l'alcool, et à la violence la plus infecte pour "tenir le coup". Il
n'en a pas moins le mérite d'être un cri de protestation contre l'état des choses, ce qui, pour l'Amérique actuelle, est déjà un premier pas.
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