Jeudi 8 décembre 2005
Pour son premier film, Tommy Lee Jones met en scène et incarne presque à lui seul une Amérique mythique, dépassée, mourante, celle des cow boys, qui sont devenus aujourd'hui comme les autres de simples employés au service de patrons invisibles et lointains. Au Texas, ce ne sont plus leurs aventures que l'on se raconte, mais seulement celle des gardiens d'une frontière absurde (l'on peut penser et réécouter avec plaisir les nombreuses chansons que Bruce Springsteen, la voix d'une certaine Amérique, a consacré au sujet du passage de cette frontière mexicaine).

Pete (Tommy Lee Jones), cow-boy à l'ancienne, est bouleversé par le meurtre de son seul ami, Melquiades Estrada,  par un de ces patrouilleurs, un personnage qui illustre une autre amérique, plus moderne, celle de Bush: maladif, violent, bercé avec une télévision, et paranoïaque au point de répliquer mortellement, imbécilement, avec son fusil d'assaut, à des tirs qui ne lui sont nullement destinés. Ce bouleversement voit s'entremêler fluidement présent et passé - signature scénaristique de Guillermo Arriaga qui la mettait déjà en oeuvre dans le météorique 21 grammes, mais alors de manière bien plus heurtée.

Cette confusion se dénoue avec la décision de Pete d'entreprendre un voyage à rebours du courant des immigrants, vers le Mexique, sa Sierra exaltante, en y entrainant de force le meurtrier. Il s'agit pour lui de tenir parole en ramenant  le corps de Melquiades à sa famille, à sa terre. Mais il s'agit aussi de rechercher ,de l'autre côté, ce rêve qui, côté américain, s'est tari.

Las, au Mexique aussi, les vaqueros s'abêtissent devant leur télévision, et tout ce (et tous ceux) que cherche
Pete semble s'évanouir en fumée. C'est un spectre qu'il est venu étreindre, celui de ces rêves qu'il n'approchera vraiment que le temps d'une soirée irréelle, fantômatique et magnifique dans une cantina mexicaine perdue au milieu de nulle part, au son d'un piano désaccordé et au goût de la tequila.

Ce rêve s'achève dans les ruines d'un village mexicain où ne subsistent que les éléments premiers, l'air vif de la montagne, le torrent, et les pierres sèches de la mémoire. C'est le moment pour une Amérique défunte
de descendre de ses grands chevaux et de passer le témoin. Mais Tommy Lee Jones espère encore, il espère que ses successeurs recevront son message rude et authentique, d'humilité.

C'est ce chant du cygne d'une amérique déjà révolue qu'il délivre au cours de cette balade macabre aux confins de la réalité, un voyage initiatique à destination de la jeune génération, en espérant qu'il ne soit pas trop tard, et que l'irréparable puisse être malgré tout réparé.



commentaires (3)    publié dans : films 2005 par J.G. ajouter un commentaire
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