Samedi 20 octobre 2007
clayton2.jpgOn avait déjà eu l'occasion, ou deux, de relever à quel point Georges Clooney se plaisait à incarner ou promouvoir des héros, ou des scenarii,  typiquement américains, mettant en scène des hommes se mettant à incarner à un moment où un autre l'idéal de la Justice et de Vérité.
En tant que coproducteur de Michael Clayton et qu'acteur, on pourrait dire : "il remet ça".

Cette fois-ci, c'est un avocat sans plaidoiries, homme à tout faire indispensable d'un grand cabinet d'avocats new-yorkais, qui va être amené à s'opposer à l'un de ses clients , une grande société agrochimique qui nous permet de rappeler que le complément indissociable de "we feed the world" est "we poison the world". 

Forcément la question se pose : que se passe-t-il pour que non pas un, mais deux juristes endurcis, qui "payent le loyer", comme dit Sidney Pollack, en n'étant pas regardants sur les méfaits de leurs clients (les grandes entreprises américaines), rompent ainsi les liens sacrés du business ?

Et c'est dans la réponse multiforme à cette question que Michael Clayton réussit à être plus qu'un "film noir ". 

D'abord parce que les deux avocats qui s'opposent au trust agrochimique n'en deviennent pas des héros pour autant. 
Le premier, Tom Wilkinson, est à l'évidence au bord de la folie. Bien qu'on nous suggère que c'est précisément de travailler sur ce dossier criminel (468 fermiers tués) qui l'y a mené, il y a là un message assez transparent : on fait passer pour fous ceux qui décident de s'en prendre aux toute-puissantes firmes (d'ailleurs WIlkinson prendrait presque des faux airs de Mickael Moore... avec un humour plus subtil). Le second, Clooney, donc, est lui présenté comme un type dépourvu d'émotions, blackberry et mercedes (merci pour la pub), qui claque l'argent qu'il gagne, et bien plus même, au poker, comme si cet argent lui brûlait les doigts. C'est aussi un père qui s'occupe à peine de son fils, qui n'est pas capable de l'entendre. Et il ne faut rien de moins qu'un meurtre pour qu'il se décide vraiment à se lancer dans une bagarre où il risquera sa propre vie.  Et encore : jusqu'à la dernière minute, on pourra envisager un spectaculaire retournement de veste.

Où est la limite, questionne donc ce film, entre l'acceptable et l'inacceptable?  Est-il légitime d'aider un homme qui a en tué un autre sur la route à s'en sortir et pas des grandes compagnies assassines? Où est la limite entre l'acceptation de la société telle qu'elle est et la folie douce?

Ou entre l'activisme anti-multinationales et cette même folie? Ou à l'inverse entre la folie criminelle et la défense des intérêts de ces multinationales - ici symbolisée par un personnage féminin remarquablement glaçant, Tilda Swindon, syndrôme de "l'hyper-bonne-élève-devenue-responsable" en avant.
clayton.jpg

Une chose nous reste tout de même en travers de la pellicule. Clooney échappe à la mort dans des circonstances tout bonnement incroyables : il s'est arrêté pour aller s'approcher de trois chevaux situés en haut d'une colline en contrebas de laquelle il roulait. à tombeau ouvert. Il y a là quelque chose de réellement grotesque , comme si le scénariste n'avait pu trouver d'autre manière de faire passer le message "ouvrir les yeux sur le monde autour de vous peut sauver votre vie".

Mais puisque nous sommes dans des terres typiquement américaines, il faut sans doute aussi en passer par là - sans que cela ne gâche ce film sans grande envergure mais qui se voit, grâce aux acteurs, avec un plaisir certain.

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