Katrina.
Ce nom donné à l’ouragan qui ravagea la Nouvelle-Orléans est celui de l’héroïne de ce film australien, qui dévaste sur son passage, telle un cataclysme incandescent, une banlieue gentillette,
bien rangée et repue. Ce choix, c’est donc celui de l’outrance, avec des traits qui ne sont pas sans évoquer Tarantino.
« Sans limites, sans tabou, sans repères », proclame l’affiche. Katrina, son ego comme boussole, manipule (dans tous les sens du terme) sans scrupule hommes et femmes sur son passage quand ils n’ont pas les jambes assez solides pour résister à cette trombe.
Mais cette caricature touche juste.
Quel est en effet le vent social montré sous les traits extravagants d’un cataclysme ? Comment un tel phénomène a-t-il pu apparaître ? « C’est génétique » lâche une
voisine, sarkozyste malgré elle et néanmoins very british. Mais le réalisateur n’a de cesse de la démentir.
Qui est en effet Katrina ? Une fille obsédée par son corps, par l’argent, mais qui refuse tout travail ou de s’occuper de sa fille, une file préoccupée de l’image – et surtout de celle,
fascinante, starifiée, que lui renvoient les medias. Katrina est un produit – certes en partie irréel – du mouvement d’infantilisation du monde moderne, une enfant gâtée, bercée et gavée, elle le reproduit d’ailleurs avec sa propre fille, d’images et d’écrans hypnotiques. Ce sont
d’ailleurs les images d’un reportage télévisé centré sur miss catastrophe qui fournissent l’une des trames du film, et parlent en se montrant… sans rien dire, affirmant leur omniprésence.
Et quelle est la raison de ce reportage ? Ce n’est pas tuer le suspens que de le dire : c’est le meurtre du père de Katrina, dont elle
porte – vous verrez comment – la responsabilité. Tuer le père, liquider l’autorité, n’est-ce pas là une des tendances inhérentes au capitalisme contemporain, comme le souligne par exemple Gérard
Mendel dans sa passionnante Histoire de l’autorité que nous chroniquerons prochainement ?
Ainsi sont levés les obstacles à une consommation effrénée pour absorber les surproductions diverses sous lesquelles croule le monde, ainsi sont liquidées les
inhibitions, les « tabous » qui découlent de l’intériorisation de la frustration. Katrina se montre ainsi comme une conséquence, tangentielle, d’une société marchandisée jusqu’à la
moëlle, où l’on ne dit plus « non » aux désirs impulsifs des enfants qui au contraire deviennent la seule boussole qui demeure (culpabilisation des « mauvais » parents à la
clé).
Voilà qui donne à ce film trépidant de Paul Goldman le caractère, qu’on n’ose supposer involontaire, de brulôt utile.
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