Mercredi 11 juillet 2007
maldepierres.jpgCe court roman de l'écrivaine sarde Milena Agus est une petite gemme, sculptée et façonnée avec soin à partir des matériaux de cette Sardaigne profonde, rude et lumineuse, exigüe et pourtant qui s'ouvre à l'immense lumière de la méditerrannée.

Le Mal de Pierres, c'est en apparence celui des calculs rénaux, les petits cailloux qui empoisonnent la vie et semblent barrer la voie de la fécondité à l'héroïne de ce livre, dont la vie nous est relatée par ... sa petite-fille. 

Mais c'est aussi et autant le mal d'amour, et la maladie de cette Sardaigne de pierre qui voit en l'amour, comme dans la littérature, et tout autant la musique, de douces folies bien déplacées. Les paysannes hochent la tête d'un air entendu aussi bien devant les frasques de cette grand-mère que devant l'affirmation par sa bru que cette dernière entend vivre de la musique, comme d'ailleurs son mari, pianiste de renommée mondiale.

Et s'il l'est devenu , c'est précisément grâce à l'obstination de cette grand-mère amoureuse d'un autre, mais totalement dévouée aux plaisirs sexuels de son mari, lequel fait paradoxalement figure de soupirant éconduit puisque sa propre femme
se désole de ne pouvoir accéder à son amour. Ne leur reste qu'a explorer l'immense domaine de la sexualité, scénario après scénario. Et quelle femme, belle, trop belle, dont les yeux luisent de douce folie, aux seins parfaits, et dont les cheveux habituellement retenus et enroulés peuvent former "un nuage noir et luisant, telle une arme de séduction diabolique, une espèce de sorcellerie".

Rien dans ce livre ne va s'avérer ce qu'il semble être,  et cette folie dont  la grand-mère  est frappée va revêtir  bien des atours différents  au fil des pages.

Qui sont les fous dans cette île  encore si arriérée, marquée par la guerre, et traitée avec mépris par un continent hautain, surtout dans les brumes de la Lombardie? Dans cette île où les poètesses, comme les femmes amoureuses,  doivent se dissimuler pour écrire?
"Mon attente se réveille, angoissée, sous les coups bleus du printemps, après être restée, honteuse, à la pâle lumière de l'hiver. Mon attente ne te comprend pas, et ne peut pas se faire comprendre, dans le jaune, doux, anxieux, des mimosas effrontés"

Les mots disent-ils jamais la vérité?  Que croire  de ces lettres qui traversent ce bref ouvrage lumineux et dont on nous suggère que même la toute dernière, qui renverse  totalement le  cours attendu des choses, pourrait bien être aussi trompeuse que les précédentes? Même les scénarii érotiques (la muse, la proie, le déjeuner, la paresseuse...) sont des faux-semblants.
Est-ce qu'écrire relève de la démence,  ou au contraire serait-ce la véritable cure  aux maux intimes? Peut-on écrire sa vie et la transformer en roman?

Voilà les questions qui courent sous une plume précise et  chaleureuse au fil des pages qui se laissent dévorer  ... sans mal.

commentaires (2)    publié dans : romans par O.C. ajouter un commentaire
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