Mardi 13 mai 2008
Difficile sans doute d'accumuler autant de clichés, en prenant autant de temps, dans un seul film, que dans ce Loin de sunset boulevard d'Igor Minaiev.

On nous propose en effet ici un retour en arrière sur les années d'apogée de la terreur stalinienne, qui commenca dans les années trente on le sait.  L'argument en est que la télévision décide de rendre hommage à un couple mythique de cinéma de l'URSS, celui forméparle réalisateur Constantin Dalmatov et l'actrice Lidia Poliakova. Mais l'arrivée des journalistes en meute devant leur datcha les pétrifie de peur: est-ce un réflexe de ceux qui passèrent leur vie dans la crainte d'être arrêtés, est-ce une volonté d'établir un parallèle entre la dictature de lapolice et celle des médias, sinon celle d'ndiquer, subrepticement, que le KGB esttoujours l'axe du pouvoir en Russie? Les conjectures se perdent et se noient dans le tissu sirupeux en quoi consiste la suite des évènements.

Nous voilà en effet replongés dans des années 30 qui sont paradoxalement totalement deshistoricisées. Ces cinéastes ne savent pas, ou ne parlent pas, de ce que si se passe dans le pays, on évoque bien Eisenstein, dont le film est inspiré puisqu'il met en scène un cinéaste homosexuel revenant lui aussi d'Amérique avec son assistant (Alexandrov) ou un cinéaste déporté, mais rien ne permet de comprendre, rien ne permet de penser dans ce qui devient un long mélo pour l'essentiel fait de plans calqués sur les comédies musicales  l'américaine. 

Et même les scènes dramatiques, ou qui pourraient l'être, sont enrobées d'une musique digne d'un ascenseur de motel moderne ou de supermarché. Quant au reste ... du mauvais ... boulevard(!), du cocufiage de bas étage...
Au final, des mouvements vers l'art - enclenché par la révolution d'octobre - puis contre l'art - produit de la contre-révolution stalinienne - on substitue un état de peur permanente, celle du lapin terrorisé face au serpent, le tout assaisonné de quelques considérants sur l'homosexualité, elle aussi réprimée.

Il y a eu dans la cnématographie russe quelques films ouvrant des portes sur la compréhension de ce qui s'est passé en URSS à la fin de la N.E.P., du tournant que, sur un plan artistique, le suicide de Maïakovski marque fortement. Ainsi, Soleil Trompeur de Mikhalkov. Et il y a aussi ce genre de navets : tout comme dans le film on voit des décalques "soviétiques" des comédies américaines, ce film est un décalque de ce que le cinéma américain peut offrir de pire: un manichéisme sans portée, sans pensée. Et il est à craindre que l'atmosphère politique règnant aujourd'hui en Russie ne soit pas, pour le moins, propice à ce que les choses s'arrangent!
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Mardi 13 mai 2008
Comédie douce, mélancolique, Ciao Stefano! n'évite pas toujours les écueils que l'on connaît trop bien en France, une certaine tendance à l'auto-apitoiement d'un quarantenaire qui est amené à faire un bilan plus que mitigé de sa vie.
Mais l'Italie, pays politique s'il en est en Europe, offre nécessairement une toile de fond plus riche en réflexions que ce que le cinéma français est capable d'offrir.

Aussi, deux niveaux de lecture s'offrent au spectateur.
Le premier voit une ex-star du punk rock en pleine dérive, dont l'échec musical est saisissant comme un chanteur se jetant dans une foule... qui s'écarte et le laisse choir misérablement. Comble du malheur, sa compagne le trompe avec un guitarsite d'un groupe rival et ... à succès. Et voilà Stefano Nardini (comme l'excellente grappa du même nom) qui prend ses maigres effets personnels et part rejoindre sa famille dans une voiture aussi usée que lui. Or, ladite famille, axée autour d'une petite entreprise autrefois à succès, est elle-même en crise. Son frère aîné, qui pris la succession voit l'usine péricliter, son couple voler en éclats, concentrant l'essentiel de ses efforts dans la dissimulation de la situation à ses parents. Quant à sa petite soeur, elle vit en marge de la famille.  Et voilà - c'est la dose d'eau de rose - la fratrie qui se reconstitue et se soude face à l'adversité.

Mais le second plan est celui d'une Italie où, comme le lâche Stefano lors d'un moment clé du film, l'on pense que "c'était quand même mieux quand on se racontait des mensonges. C'était plus doux".
Car que nous dépeint Ciao Stefano? Un pays où l'industrie traditionnelle part en capilotade, un pays où la seule industrie qui semble prospère est celle du loisir, du Golf et des cours de méditation-bidon pourle troisième âge auxparcs de loisirs aquatiques. Un pays où la provocation (qu'incarne fort bien Valerio Mastandrea en Stefano) tourne court devant l'accumlation d'interdits en tout genre (même si on peut encore les subvertir, jusqu'auxpanneaux contrôlant la vitesse des véhicules). Un pays où les députés affirment qu'ils "ne sont rien" sinon une belle façade derrière laquelle les banquiers et la bonne société continent de tirer les ficelles.

Ce pays là pourrait être sans doute reconnaissable dansmaintes contrées européennes, et c'est ce portrait là qui donne son charme à ce film, charme rehaussé en permanence par un humour omniprésent qui permet de quitter la salle avec un vrai  sourire aux lèvres, ce qui est somme toute le but annoncé et atteint par Gianni Zasani!

Alors, si ce film n'est pas de la qualité d'un Libero, il y a sufisamment de vitalité qui perce sous la pellicule pour nourrir un relatif optimisme sur l'avenir du cinéma italien... et réciproquement s'inquiéter, encore et toujours, de celui du cinéma français.

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Mardi 29 avril 2008

Les lecteurs attentifs d'Acide critique le savent: c'est par le truchement de Philip Roth que nous avons rencontré Appelfeld, avant que de découvrir, l'impressionnante  et vibrante histoire d'une vie.

La chambre de Mariana nous fait aussi l'effet - mais c'est d'ignorer à ce jour ce que sont les autres romans d'Appelfeld - d'une variation sur le même thème : celui d'un enfant juif de Bucovine, zone frontalière de la Roumanie, de l'Ukraine, et de la Pologne, que la barbarie qui déferle sur l'Europe sépare de ses parents et qui doit, comme le fit Appelfeld lui-même, survivre.

Mais cette fois, pas de paysans hostiles et de forêts hospitalières. Même la chasse au juif ne parvient qu'assourdie dans la chambre de cette Mariana à laquelle la mère de Hugo a confié son fils. Et quelle chambre!
"Cette chambre ne ressemblait pas à une chambre.  Les tentures roses et les effluves de parfum lui conféraient l'aspect  d'un salon de coiffure pour dames. Il y en avait un près de chez lui. Là-bas aussi il y avait des meubles roses. On y lavait la tête de femmes plantureuses et on leur faisait les ongles des pieds et des mains. L'ambiance était à la nonchalance, au rire et au plaisir. Il aimait observer cette boutique, mais sa mère n'en franchissait jamais le seuil. Chaque fois qu'ils passaient devant, elle se pinçait les lèvres et arborait un sourire indéfinissable.

Il resta un long moment, immobile, s'interrogeant sur la nature de ce vaste endroit. Il parvint à la conclusion que ce n'était pas un salon de coiffure, à cause du grand lit au milieu de la pièce".



Caché dans le noir d'un réduit attenant à cette chambre, Hugo va découvrir, deviner, qu'il est dans une maison close et que cette Mariana qui le cache au péril de sa vie y exerce son métier tout en luttant contre l'emprise tant des hommes que celle de l'alcool.

Aussi une relation de plus en trouble va naître entre cet enfant abandonné, cloîtré l'essentiel de son temps dans l'obscurité et le silence, et cette femme qui l'adopte comme - ce sont ses termes - "un petit chien" - et qui va l'aimer à sa manière, à la fois roublarde et calculatrice (elle espère qu'on la jugera moins mal d'avoir sauvé un enfant juif), à la fois naïve et pleine de tendresse pour l'enfant - mais encore pleine de sensualité pour ce jeune homme qui commence à poindre sous l'enfant.

Parallèlement à ce nouveau statut d'invisible muet qui marque profondément le jeune Hugo, comme le fut Appelfeld lui-même, le roman aborde aussi l'éveil troublé de sa popre sensualité, dans sa relation exclusive avec Mariana, mais aussi avec d'autres filles du bordel, dont une, Kitty, permet à Appelfeld ce dialogue qui vaut d'être rapporté :
"- Tu as une grande culture, dit-elle sur un ton légèrement cérémonieux. Je comprend pourquoi tout le monde dit que le juifs sont intelligents.
- C'est faux
- Je ne comprends pas
- Ils ne sont pas intelligents : ils sont trop sensibles."

L'étoffe de La chambre de Mariana  est tissée de ce triple passage, celui vers l'âge d'homme (et donc celui des femmes), celui vers l'acceptation d'une perte irréparable (de ses parents) et celui qui aboutit à l'exil intérieur et extérieur.  Ce qui lui permet - ça va sans le dire mais autant le préciser - d'être totalement étranger à cette infantilisation de la littérature qu'on dénonce volontiers sur ce blog : la lecture de ce livre d'Appelfeld est de celles qui, au contraire, aident à comprendre, à guérir, à grandir.
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Vendredi 25 avril 2008

 Ce film de Tariq Teguia est tout à la fois chauffé à blanc et glaçant.

Voici en effet deux jeunes, Zina et Kamel, emplis d'une joie de vivre et d'un humour corrosif dont la flamme cherche désespérément de l'oxygène dans une Alger sous couvre-feu.

Comment trouver l'oxygène nécessaire dans une ville aux apparences désertiques ("Alger, filmée de dos" dit Teguia), où les brefs moments de joie sont immédiatement fauchés par des scènes soit oniriques (un simulacre d'éxécution), soit brutales (une descente de police dans un bar semi désert)? Comment, en particulier, échapper à l'influence de la religion quand même la flicaille se comporte ainsi qu'une arrogante police des moeurs?


Zina et Kamel cherchent leur chemin. Celui de l'exil, si possible, mais aussi un chemin intérieur au travers d'un labyrinthe dans lequel ils semblent englués.

Une scène magistrale les montre errant au milieu de maisons inachevées, les armatures du béton pointant désespérément et vainement vers le ciel, sur un fond sonore free-jazz déchiqueté, dans une voiture d'emprunt rebondissant et grinçant sur les cahots de la route qui finissent par la faire ressembler à un radeau de la méduse en proie à une mer hostile.

La mer, omniprésente dès les premiers plans du film, est la porte de sortie d'Algérie mais aussi une porte blindée freinant cette fuite, ce départ physique ou au travers de la fête, à laquelle la jeunesse aspire, loin d'une Algérie où sous quelques rémanescences de la révolution des années 60 dont la morale affleure au travers des discours d'un vieux policier kabyle qui fréquenta , l'étau conservateur de la religion prospère sur la misère sourde des murs lépreux que la caméra de Teguia regarde les yeux dans les yeux.

"Le meilleur c'est un sommeil bien ivre sur la grève" lâche l'un des amis de Zina et Kamel, un qui "pense trop" selon la police. C'est du Rimbaud. Mais la phrase qui précède celle-ci dans la saison en enfer affirme "j'ai horreur de la patrie".

Au travers de cette longue journée et de cette nuits hantés par la mort et soutenus par une immense envie de vivre, envie sans débouché, sourd un message lancé sur un mode onirique depuis une Algérie en proie à une "guerre lente", se dessine un tableau d'une République des exilés de l'intérieur qui émerge lentement, entre abattement et espoir de jours meilleurs, le tout scandé par une langue émaillée de nombreux mots de français qui tous ramènent à l'obsession du départ.

Le mot de la fin à Rimbaud?
"
Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie.  Ô Rumeurs et Visions!
Départ dans l'affection et le bruit neufs!"


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Jeudi 17 avril 2008
C'est un fait qui restera dans l'histoire : pour la première fois depuis la guerre, il n'y a plus en Italie aucun député socialiste ou communiste -quelle que soit l'appréciation du contenu que recouvrent ces étiquettes. En plus du retour du "caïman" , Moretti dixit, au pouvoir, il n'y a donc plus à proprement parler d'opposition digne de ce nom en Italie. Exagération? Il suffit d'écouter Veltroni déclarer qu'il va constituer un "shadow cabinet" dont le but sera, je le cite "nous veillerons à ce que les promesses faites pendant la campagne électorale soient traduites en engagements réels de la part du gouvernement".

Comment en est-on arrivé là? Alors que durant la précédente legislature Berlusconienne, d'importantes mobilisations ont eu lieu contre sa politique, contre ses "réformes" ou contre la guerre en irak?
La première réponse coule de source : le gouvernement Prodi n'a en rien remis en cause la politique de son prédécesseur, et l'a même poursuivie dans la plupart des domaines. Il a donc écoeuré ceux qui avaient voté contre Berlusconi et sa politique il y a deux ans de cela.

Mais la seconde réponse a une portée française au possible.
Le nouveau "Parti Démocrate", battu, a affirmé sur tous les tons qu'il n'était "pas de gauche". On se souvient d'Aprile, le film de Moretti où ce dernier apostrophe Massimo D'Alema derrière son écran TV en lui intimant, désespéré, de "dire quelque chose de gauche", de dire quelque chose, tout court. La constitution du Parti Démocrate, fusion des ex du PC italien avec des morceaux de la démocratie chrétienne, c'est la formation d'un baillon politique plaqué sur toutes les bouches qui crient en Italie. Pas étonnant qu'une partie des ouvriers se soient même tournés vers la populiste et raciste ligue du Nord, seule à ne pas tenir un discours "politiquement correct".

Portée française, oui : puisque la question des alliances avec le Modem recoupe, dans des circonstances hexagonales, exactement le même projet politique que celui du P.D. - Ségolène Royal ne s'en est pas cachée d'ailleurs, vantant sur tous les tons les mérites selon elle de cette nouvelle formation. Eh bien, voilà ses mérites : faire revenir le mort-vivant ultra-bronzé aux UV à la présidence du conseil italien.

Mais dira-t-on, la "gauche radicale" a été elle carrément éliminée du parlement. Précisément. Elle aussi, sous des dehors "radicaux", a soutenu, même en grinçant, la politique de Prodi ces deux dernières années (jusque et y compris les élus de la LCR Italienne, les amis d'Olivier Besancenot). Elle le justifiait au nom de la lutte contre Berlusconi! Le bilan est facile à tirer...

Pis encore, elle est allée aux élections sous une drôle de bannière "arc-en-ciel", effaçant d'elle-même toute trace d'identité socialiste ou communiste. Résultat : elle a été incapable de capitaliser le rejet par lescouches populaires de la politique de Prodi, elle a refusé, même, de maintenir le drapeau qui symbolise malgré tous ses avatars la possibilité d'une politique réellement alternative.

Les leçons sont donc particulièrement claires, et sonnent comme un avertissement dans toute l'Europe, avertissement face à la liquidation en cours de tout ce qui fut construit par les mouvements d'émancipation du capitalisme lors du 20ème siècle, y compris les organisations qui en sont issues plus ou moins directement.

Et enfin, ajoutons-y une petite... raffarinade. Le dit Raffarin, utilisant la condamnation de Mme Royal pour licenciement abusif, a demandé que cette dernière démissionne de la présidence du conseil régional de Poitou-Charentes. Ca ne vous dit rien? En creux, cela devrait : quand donc le PS a-t-il exigé pour la dernière fois la démission de dirigeants de droite? La réponse est : sous Mitterrand.
Bien entendu, l'exigence n'est pas le fait. Mais exiger la démission de tel ministre, du gouvernement, du président, c'est se porter implicitement candidat au pouvoir, c'est remettre en cause la légitimité du pouvoir. Or Hollande, Royal et les autres expliquent aujourd'hui ... le contraire. Voilà pourquoi, tout comme Berlusconi, Sarkozy peut vivre assez sereinement  les turbulences actuelles de son quinquennat dont les dirigeants PS ne cessent de répéter qu'il devra se poursuivre jusqu'à son terme naturel, constitutionnel. Sereinement, donc, ... sauf intervention de la jeunesse, des couches populaires, dans la sphère où se décident les politiques menées, dans la sphère du pouvoir.
C'est à cela, en n'oubliant pas le fiasco épouvantable que l'Italie nous offre, qu'il faut travailler.


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Lundi 14 avril 2008
Difficile pour Acide Critique, où l'on prise fort Philip Roth, de ne pas jeter un oeil curieux, voire gourmand, au livre de Shalom Auslander, la lamentation du prépuce, que tant l'éditeur que certains journaux américains ont comparé à Philip Roth.

Si l'on s'en tient à la définition du juif selon Roth, à savoir qu'un juif est quelqu'un qui passe son temps à se demander ce que c'est exactement que d'être juif, alors la judéité d'Auslander ne fera pas ... de doute.

Et il s'autorise certaines sorties relativement comiques sur sa jeunesse américaine, comparant une voiture à laquelle il manque un phare à Moshe Dayan, ou traitant ses parents obsédés par la cacherout avec une ironie de bon aloi (plus dans la lignée de pour soulager d'insatiables appétits publié il y a plusieurs années par Nathan Englander, sauf erreur de mémoire, lequel était une vraie merveille d'humour).


C'est que, fera-t-il répondre à sa femme à son interrogation de jour de panne : "on dirait que j'ai été victime de violences sexuelles" : "tu as été victime de violences théologiques. C'est bien pire". 


Et voilà Auslander qui revient sur ses perpétuelles transgressions des interdits innombrables édictées par les rabbins, transgressions accompagnées d'un dialogue permanent et personnel avec Dieu sur le mode : "et là, tu fais quoi? ".
"Un soir, Dieu en a eu assez. En rentrant du lycée, j'ai découvert ma mère, dans ma chambre, assise au bord du lit. Elle était pâle, plus pâle que d'habitude, et elle avait la mine longue, plus longue que d'habitude. Elle a levé en l'air un emballage de hamburger MacDonald's".

A l'origine de ce retour sur sa jeunesse, l'annonce prochaine de sa paternité.
"Ce gosse n'a pas la moindre chance. C'est une mauvaise blague. Je le connais, ce Dieu là. Je sais comment Il procède. Il y aura une fausse couche, ou bien le bébé va mourir pendant l'accouchement,  ou bien ma femme va mourir pendant l'accouchement, ou bien ils mourront tous les deux pendant l'accouchement, ou bien ils ne mourront ni l'un ni l'autre et je me croirai épargné mais en rentrant de la materniré notre voiture sera percutée par un automobiliste ivre et ma femme et mon enfant mourront ensuite aux urgences, à qulques mètres de la chambre où nous nous étions trouvés quelques minutes plus tôt, remplis de bonheur, de vie, et d'espoir. Dieu tout craché!"

Echo direct, pour Auslander, de ces soirées que la communauté juive passait dans "les synagogues de la ville à se demander en choeur de quelle manière Dieu allait les tuer : "qui vivra, mourra, disait la prière, qui atteindra son temps et qui décèdera prématurément, qui périra par l'eau et qui par le feu, qui par l'épée, qui par les bêtes sauvages, qui par la famine, qui par la soif, qui par la tempête, qui par la peste, qui par strangulation et qui par lapidation."

Les choses se corsent : c'est un fils. Alors : circoncire or not, that is the question qui va agiter Auslander. Du plus cocasse, quand il répond à un ami qui lui fait remarquer que la circoncision évitera à son fils de se demander plus tard pourquoi il n'est pas comme son père : "alors je n'allais pas pouvoir de me contenter de le circoncire, il faudrait aussi que je lui épile les couilles et que j'équipe sa queue d'un piercing", au plus classique, à savoir les interrogations sur l'origine de cette tradition.

Bref! Auslander l'écrit lui-même :" ce n'est pas le théâtre de Sabbath (ouvrage exceptionnel dont on se promet de faire une chronique en ces lieux), c'est le cinoche de Shalom".

Et en effet, là où les ouvrages de Roth (à commencer par le complexe de Portnoy) réussissent tout à la fois à marquer leur irrespect total envers la tradition, à nous faire nous tordre de rire en saccageant avec allégresse son univers familial, bref là où Roth s'affranchit pleinement de ce milieu qu'il pourfend et acquiert la force de la liberté créatrice, on sent Auslander - pour en rester dans un registre "portnoyen" - plutôt ... constipé.

Pour tout dire, le comparer à Roth relève de la publicité mensongère. Cela ne rend pas son livre désagréable pour autant, mais le remet à sa juste place.
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Lundi 14 avril 2008
Sans prétention mais pas idiot pour deux sous, drôle à chaque instant sans jamais être lourdingue, dépaysant sans sombrer dans l'exotisme de pacotille, cette comédie tellement peu américaine qu'on la croirait britannique met en scène trois frères qui se retrouvent en Inde pour ce qu'ils présentent comme un voyage initiatique.

Initiatique? Ces trois personnages, ces trois frères si différents, vont surtout se trouver confrontés aux limites des personnages assez caricaturaux qu'ils ont choisi d'incarner, de camper le rôle. Très vite, Wes Anderson indique que tout sonne faux chez ces trois-là, bien que le son rende bien.

En guise d'initiation, ils sont en réalité à la recherche de leur mère, pour règler un compte, solder un secret de famille.

Mais il est connu que les trains peuvent parfois dérailler : en l'occurence, les trois frères déraillent de plus en plus, jusqu'à se trouver confrontés à l'imprévu, jusqu'à devoir sortir des rôles qu'ils ont convenu de camper, et se trouver plongés dans l'Inde comme ces religieux se jettent dans le Gange pour se purifier - avec des résutats inattendus que l'on laisse découvrir aux chanceux qui passeront devant ce film un savoureux moment, ou chaque réplique, chaque plan, sont pensés comme autant de tiroir à double-fond. Le tout dans une Inde qui exigera d'eux qu'ils laissent derrière eux ... leurs encombrants bagages! Alors... bienvenue à bord !

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Lundi 31 mars 2008
Il y a deux niveaux de lecture possible de "Ben X", mais après tout est-il étonnant qu'un film belge, par les temps qui courent, revête un caractère dual?

L'avant-scène semble porter sur la difficulté de l'institution scolaire à intégrer les élèves souffrant de ce qu'on ose plus appeler, politiquement correct oblige, un handicap - ici une forme "légère" d'autisme. Difficulté accrue ici, il faut en convenir, par la combinaison d'une direction d'école totalement à côté de la plaque, sortie de temps sinon antédiluviens, du moins anté-mai 68, et d'une pléthore de médecins dont l'incompétence est rendue tolérable dans ce film par l'usage d'un humour corrosif à souhait.

Mais l'arrière-plan est peut être plus inquiétant encore. Ben, le dit autiste, est accroc aux jeux vidéos, à un jeu en réseau, pour être précis, dans lequel il se sublime, devient un autre lui-même, preux chevalier venant à la rescousse de damoiselles en détresses.
Difficile de ne pas se demander au bout d'un moment si cet "autisme"-là ne se combine pas avec la maladie originelle de Ben, d'autant qu'il est - lorsqu'il n'écume pas les planètes virtuelles - plongé dans le cocon de la musique de son lecteur mp3. Ben d'ailleurs échappe, ou tente d'échapper à la réalité, en mélangeant en permanence réalité et monde virtuel.

Or, le monde réel et le monde virtuel se rejoignent et se mélangent davantage encore quand le harcèlement dont Ben est victime prend un tour plus tragique qu'à l'ordinaire. MAis là aussi, c'est un mélange à double sens.
D'un côté, Ben va chercher à entrer en contact avec sa partenaire de jeu virtuel. De l'autre, les coups moraux et physiques dont il est victime prennent la forme de l'hyper-technologie : téléphones portables braqués comme autant de caméras sur lui, mails incessants, tandis que Ben cherche du secours au travers, lui aussi, de son téléphone portable.

Alors s'il peut sembler que c'est en réconciliant, à sa manière qu'on vous laisse découvrir, le réel et le virtuel, que Ben cherche une issue, ce film souligne en contrepoint la déshumanisation du monde par le truchement de la technologie. Où est, dans ces conditions, l'autisme? Celui qui frappe au hasard un jeune garçon ou celui, plus profond, dérangeant encore, qui s'empare de toute une jeunesse qui se déconnecte  à force de rester "connectée"? Nic Balthazar, en se servant de l'un comme miroir (thème fort de ce film) de l'autre, face à des adultes totalement dépassés, pose une question particulièrement dérangeante qui donne à son film toute sa force.



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